|  La négociation d'une transaction permet de résoudre un litige, actuel ou à venir, lors de la rupture du contrat de travail (quelle que soit la nature de la rupture : licenciement ou démission, retraite, rupture conventionnelle, etc.). Pour vous, c'est le moyen de vous éviter un procès devant le conseil de prud'hommes. Pour votre salarié, c'est une compensation financière due au renoncement d'une action en justice. Comment la négocier, et la rédiger ? Quels sont les effets de la transaction, pour le salarié comme pour l'entreprise ? Etape
1 -
Vérifier si la situation se prête à la négociation d'une transaction
La négociation d'une transaction ne peut exister que si un litige est survenu lors de l'exécution ou pourrait survenir lors de la rupture du contrat de travail. En l'absence de conflit, il est impossible de transiger ! De plus, la transaction ne peut être accomplie que lorsque le contrat de travail a pris fin car elle règle les conséquences de la rupture. Elle est destinée, par contrat, à mettre fin à un désaccord entre l'employeur et le salarié. Etape
2 -
Négocier avec le salarié
Cette transaction va lier les parties qui ne pourront plus la contester, les modalités de règlement du désaccord étant définitivement fixées. Les deux parties doivent avoir chacune intérêt à signer la transaction et être convaincues que le règlement amiable du litige leur est plus favorable qu'une procédure contentieuse : le salarié touchera une indemnité de façon immédiate ; l'employeur, de son côté, évite un procès à l'issue bien souvent incertaine.
La transaction peut résoudre des contestations portant sur de nombreux thèmes : indemnités légales ou conventionnelles de licenciement, préavis, clause de non-concurrence, motif du licenciement, respect de la procédure de licenciement, démission, salaire, heures supplémentaires, primes et avantages en nature, etc. attentionLa transaction doit toutefois avoir un objet licite : elle ne peut être conclue pour faire échec à une disposition d'ordre public, comme par exemple pour faire échec à l'interdiction de licencier un salarié en accident du travail en dehors de toute faute grave reprochée à ce salarié. Dans ce cas, dès lors que l'accident du travail n'est pas contesté par l'employeur et que le motif invoqué dans la lettre de licenciement est trop vague pour être vérifiable et ne correspond pas à une faute grave, le licenciement et la transaction qui l'accompagne sont nuls. De même, dans le cas d'une cession d'une entreprise en liquidation judiciaire, une transaction ne peut valablement faire échec au principe du transfert automatique de tous les contrats de travail en cours. Etape
3 -
Évaluer les aspects financiers de la transaction
L'indemnité transactionnelle représente une somme d'argent pour dédommager le salarié de la rupture du contrat. Elle est distincte des sommes attribuées au titre du paiement du solde de tout compte. Par contre, le montant alloué à l'indemnité transactionnelle ne doit pas être inférieur aux indemnités qu'aurait obtenues le salarié devant le conseil des prud'hommes pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. Dans le cas contraire, la transaction peut être rendue nulle. Les régimes sociaux et fiscaux des indemnités transactionnelles suivent le régime applicable à la rupture après laquelle la transaction est intervenue. Etape
4 -
Rédiger la transaction
Définir le moment de la transaction La transaction ne peut être accomplie que lorsque les relations de travail ont pris fin. Pour que la transaction soit valable, la rupture doit donc être définitive. Si vous et votre salarié accomplissiez une transaction avant la rupture du contrat de travail, le salarié pourrait demander, en justice, la nullité de cette transaction : en cas de licenciement. La transaction n'est possible que si le salarié a eu connaissance effective des motifs de la rupture de son contrat de travail. Elle ne peut donc pas être conclue tant que le salarié n'a pas retiré sa lettre de licenciement auprès des services postaux (la lettre de licenciement devant impérativement être envoyée en recommandé avec accusé de réception). À défaut, la transaction sera annulée ; en cas de démission ou retraite. La transaction ne peut être conclue qu'après présentation de la lettre de démission du salarié à l'employeur ou qu'après mise ou départ à la retraite du salarié (c'est-à-dire une fois que le salarié n'est plus sous la subordination de l'employeur).
Bien négocier Il est impératif que la transaction soit le fruit d'une négociation loyale et équitable : tenter de tirer parti de la faiblesse du salarié (maladie, dépression, etc.) ou de sa méconnaissance de la législation sociale, lui donner de fausses informations quant aux conséquences de la transaction (régime de l'indemnité transactionnelle, par exemple) sont de très mauvais calculs car ils conduisent nécessairement à la remise en cause de l'acte conclu, voire à des poursuites pénales. La transaction doit impérativement comporter des concessions réciproques. Transiger implique en effet que chaque partie renonce à certaines de ses prétentions. Ces concessions réciproques doivent être réelles (renonciation à une action en justice, renonciation à retenir la faute grave à l'encontre du salarié, modification d'une clause de non-concurrence, etc.) et chiffrables. Ainsi, vous ne pouvez pas vous contenter de verser au salarié une indemnité transactionnelle légèrement supérieure à l'indemnité légale ou conventionnelle à laquelle le salarié aurait eu droit en ne transigeant pas. ExempleUne indemnité totale de 2.286 € versée à un salarié qui avait déjà droit à 1.805 € d'indemnité de licenciement, a été jugée dérisoire et a conduit à la nullité de cette transaction. De plus, sachez que le motif du licenciement a une incidence directe sur le montant de l'indemnité transactionnelle. En effet, lorsque vous licenciez un salarié pour un motif qui ne constitue pas une cause réelle et sérieuse (ex. : incompétence dans le travail, incompatibilité d'humeur), le salarié a automatiquement droit à un minimum de 6 mois de salaire à titre de dommages et intérêts. De plus, si vous concluez une transaction à la suite d'un licenciement frauduleux, intervenu par exemple pour un motif personnel pour contourner les dispositions plus contraignantes sur le licenciement pour motif économique, la transaction risque d'être annulée. Dans ce cas, le salarié doit procéder à la restitution des sommes reçues en application de cette transaction. Ce qui ne l'empêchera pas de percevoir des dommages et intérêts dans le cadre de la contestation proprement dite de la procédure de licenciement. En pratique, il est important que les négociations se déroulent dans un climat serein et que les rendez-vous entre les parties soit fixés suffisamment à l'avance et espacés, pour qu'employeur et salarié puissent se préparer aux négociations, disposer d'informations exactes et apprécier la portée de la transaction. Les parties ont d'ailleurs la possibilité de se faire assister par un conseil et/ou de se faire représenter. La solution de la représentation doit être retenue lorsque le litige opposant le salarié à l'employeur revêt une connotation personnelle importante et que la confrontation physique risque d'amplifier le litige. Lorsque le salarié choisit de se faire représenter par un tiers, il est nécessaire que ce dernier soit muni d'un mandat exprès lui conférant habilitation à négocier et signer la transaction. En revanche, aucun mandat exprès n'est exigé lorsque la transaction est signée par un représentant de l'employeur (directeur des ressources humaines par exemple). Etape
5 -
Formaliser l'accord transactionnel par un écrit
Pour des questions de preuve, la signature d'un écrit est indispensable. Il est recommandé de faire figurer dans le contrat de transaction les mentions suivantes : l'identification des parties (nom, domicile, etc.) ; la nature du désaccord qui fait l'objet de la transaction ; les concessions réciproques. Celles-ci doivent être précisément définies. Il est notamment important de préciser, lorsque le salarié renonce à saisir le conseil des prud'hommes, sur quels droits exactement porte cette renonciation. Il est important de ne rien oublier car la renonciation du salarié porte uniquement sur les droits limitativement énumérés dans la transaction ;
Exemple
Si la transaction indique que le salarié renonce « à tous droits, actions et prétentions portant sur des salaires, congés payés, remboursement de frais, primes diverses ou autres avantages quelconques consécutifs à l'exécution ou à la résiliation de son contrat », il pourra néanmoins exercer un contentieux portant sur la valeur de son indemnité de licenciement, car cette somme ne figure pas dans la liste énoncée dans la transaction.
les indemnités transactionnelles distinctes des sommes normalement versées au salarié et qui s'inscrivent dans le cadre classique de son solde de tout compte ; la date ; la signature des parties. Les parties doivent avoir la capacité de signer la transaction. Par exemple, si le salarié est mineur, la transaction devra être signée par son représentant légal (père, mère ou tuteur).
Si vous transigez sur des points sensibles pour votre entreprise (une pratique illicite, par exemple), vous pouvez choisir d'insérer dans l'acte transactionnel une clause de confidentialité, assortie d'une clause pénale, c'est-à-dire d'une somme forfaitaire déterminée d'un commun accord, octroyée à l'une des parties en cas de non-respect par l'autre de son obligation de discrétion. Etape
6 -
Appliquer les bonnes règles fiscales et sociales de l'indemnité transactionnelle
L'indemnité transactionnelle ne peut être exonérée de cotisations de Sécurité sociale que pour la fraction ayant bien le caractère d'indemnité. Ainsi, quand l'indemnité transactionnelle comprend des éléments de rémunération (par exemple, si le litige portait sur le paiement du préavis ou celui d'heures supplémentaires), vous êtes tenu de le faire figurer sur le bulletin de paie en mentionnant la nature de ces éléments et les sommes versées à titre de rémunération. Ces sommes donneront lieu au paiement de cotisations sociales et seront imposables pour le salarié. En revanche, les sommes versées à titre de dommages et intérêts (addition de l'indemnité transactionnelle avec l'indemnité de licenciement versées hors cadre d'un plan de sauvegarde de l'emploi, par exemple) suivent le régime social et fiscal applicable à la rupture après laquelle la transaction est intervenue, à savoir qu'elles sont exonérées des cotisations sociales et d'impôt sur le revenu à hauteur du plus élevé des 2 montants suivants : Ces deux montants sont plafonnés à 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale. Ces indemnités sont assujetties à la CSG/CRDS pour la fraction excédant l'indemnité légale ou conventionnelle et, en tout état de cause, pour la fraction assujettie à cotisations de Sécurité sociale (pas d'abattement d'assiette). attention
Deux décisions de justice récentes sont venues préciser que l'indemnité transactionnelle versée à la suite d'une rupture anticipée de CDD était assujettie en totalité aux cotisations de Sécurité sociale et à l'impôt sur le revenu car celle-ci ne figure pas dans la liste limitative des indemnités de rupture exonérées par le Code général des impôts. | | | |
| | N'engagez pas la transaction avant d'avoir pris le temps d'examiner toutes les conditions et les motifs du litige
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| | Les délégués du personnel sont informés de la procédure de licenciement. Ils peuvent même accompagner le salarié concerné lors de ses entretiens (licenciement et transaction).
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| | La transaction représente un contrat entre la société et le salarié. Par conséquent, en cas de non-respect, les règles applicables en l'état sont celles du conseil des prud'hommes voire du tribunal de grande instance.
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| | Considérez avec soin la possibilité d'aller aux prud'hommes
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| | La transaction peut-elle être assimilée à un départ négocié?
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C. trav., art. L. 5124-1 et L. 5429-1 (primes frauduleusement obtenues par le biais d'une transaction) 
C. civ., art. 1142, 1184, 1347, 2044 et suivants (règles de transaction) 
Cass. soc., 28 mai 2002 (nullité d'une transaction conclue avant la notification du licenciement - nullité instituée dans l'intérêt du salarié, qui ne peut être invoquée par l'employeur) 
Cass. soc., 19 juin 2008, n° 07-40939 (irrégularité du licenciement pour faute grave fondé sur une demande de transaction du salarié) 
Cass. soc., 1er juillet 2009, n° 08-43179 (nullité de la transaction antidatée) 
Cass. soc, 1er juillet 2009, n° 08-40252 (la clause de non-concurrence peut valablement constituer une concession réciproque lors dans la négociation d'une transaction) 
Cass. soc., 10 novembre 2009, n° 08-43805 (licenciements frauduleux : nullité des transactions conclues et restitution par les salariés des sommes reçues) 
Cass. soc., 1er mars 2000, n° 97-43471 (la transaction ne prive pas le salarié de demander le paiement de l'indemnité de non-concurrence) 
Cass. soc., 29 novembre 2000, n° 98-43518 (la transaction ne prive pas le salarié de demander à bénéficier de la priorité de réembauchage) 
Cass. soc., 2 décembre 2009, n° 08-41665 (concessions réciproques : nécessité d'une définition précise) 
Cass. soc., 8 décembre 2009, n° 08-41554 (la transaction ne prive pas le salarié de demander la levée de ses stocks-options) 
Cass. soc. 13 juillet 2010, n° 094.984 (nullité de la transaction en cas de licenciement suite à un accident du travail) 
Cass. soc. 28 septembre 2010, n° 09-40.090 (nullité de la transaction faisant obstacle au principe du transfert automatique du contrat de travail en cas de cession de l'entreprise) 
Cass. civ. 2e 7 octobre 2010, n° 09-12.404 et CE 5 mai 2010, n° 309803 (l'indemnité transactionnelle en cas de rupture anticipée d'un CDD est assujetie à cotisations sociales et à l'impôt sur le revenu) 
Loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la Sécurité sociale pour 2013 |
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