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Attention à l’effet cigogne !

Publié le 18/10/2022 à 08:09, modifié le 24/10/2022 à 16:41 dans Management.

Temps de lecture : 4 min

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La quantité d’informations qu’il vous faut ingérer est devenue telle que votre cerveau est vite dépassé pour distinguer le vrai du faux. Alors, vous employez des stratégies de choix pas toujours pertinentes : vos biais cognitifs… et « l’effet cigogne » apparaissent et peuvent avoir de cruelles répercussions sur votre entourage professionnel en tant que manager.

L’effet cigogne, kesako ?

L'effet cigogne est une erreur de raisonnement qui consiste à déduire un lien de causalité entre deux événements reliés par une corrélation, sans que ce lien soit vérifié. Corrélation n’est pas raison ! Deux événements sont corrélés si l’on observe une dépendance, une relation entre les deux. Par exemple c’est l’origine de l'expression « effet cigogne » : on constate que, dans les communes où il y a des nids de cigognes, le taux de natalité est plus élevé qu'ailleurs. Conclusion possible, mais non fondée : ce sont les cigognes qui apportent les bébés. En fait, il se trouve que les cigognes nichent plus fréquemment dans les villages que dans les grandes villes qui ont une natalité plus faible qu'en zone rurale.

Les exemples foisonnent au sein des informations que nous recevons ou des discussions de nos collaborateurs et collaboratrices. En voici un exemple, relaté par le journal Le Monde (notamment reconnu pour sa rigueur). En octobre 2008, il publie un article intitulé « Les femmes, antidote à la crise boursière ». L’éditorialiste Annie Kahn constate que les sociétés qui ont un fort taux de féminisation résistent mieux aux tourmentes des marchés. De cette corrélation, elle en déduit un lien de cause à effet entre les femmes et la résistance des entreprises face aux crises. Est-ce bien raisonnable au regard de la complexité des facteurs influençant le cours de bourse d’une entreprise ?

De même, dans notre management quotidien, cet effet peut nous influencer. Soit dans nos analyses des résultats des performances de l’équipe, soit dans notre perception de son comportement. Par exemple, nous voyons que la vente de tel produit baisse régulièrement en été, et nous en recherchons les causes. Si jamais nous constatons que cela correspond à un nombre de commerciaux en congé, nous sommes au bord d’un « effet cigogne » : est-ce une causalité pertinente ? Prenons l’exemple de nos perceptions des comportements de notre entourage. Nous sommes en cours de recrutement. Nous avons choisi trois candidats en fonction de leur CV et leur avons donné rendez-vous pour un entretien. L’une des trois personnes arrive en retard. Corrélation : en retard à ce rendez-vous signifie un manque de… L’effet cigogne nous gagne à nouveau !

Comment s’en préserver ?

On voit que cette facilité avec laquelle nous privilégions un facteur parmi d’autres pour lui attribuer la cause d’un phénomène est une pratique très répandue et quotidienne. Vous pourriez dire que c’est normal. Et vous auriez raison si cela ne vous conduisait pas à des décisions et à des actions qui peuvent entraîner des conséquences néfastes.

Deux remèdes ont été identifiés à ce risque.

Le premier est l’approche par les 5 pourquoi (l’approche des 5P). Issue du cerveau de l’ingénieur industriel japonais Taiichi OHNO (1912-1990), cette méthode permet d’identifier les causes profondes d’un phénomène observé, en multipliant nos interrogations. Prenons un exemple : une machine est tombée en panne :

  1. Pourquoi cette machine est-elle tombée en panne ? Parce qu’une pièce précise de la machine-outil est devenue défectueuse ;
  2. Pourquoi cette pièce de la machine est-elle devenue défectueuse ? Parce que la pièce à usiner n’était pas bien enclenchée et le mécanisme a forcé ;
  3. Pourquoi cette pièce était-elle mal enclenchée ? Parce que le technicien chargé de cette machine n’était pas présent et n’a pas pu corriger le mauvais enclenchement ;
  4. Pourquoi ce technicien n’était-il pas là pour surveiller sa machine et corriger la déviation ? Parce qu’un autre technicien l’avait appelé en renfort sur sa propre machine ;
  5. Pourquoi cet autre technicien l’avait-il appelé en renfort ?... et ainsi de suite.

Jusqu’où poursuivre ? Ce sera à vous de le définir, mais une chose est sûre : vous arriverez à identifier les causes pertinentes à traiter.

Un second remède est disponible : votre équipe. Rien de mieux pour sortir de votre cadre de réflexion que de demander l’avis de vos collaborateurs et collaboratrices. Vous aurez l’avantage de cumuler deux effets positifs : générer un comportement participatif, toujours positif, et obtenir un recul salvateur sur vos propres a priori. Et de plus, pourquoi ne pas utiliser l’approche 5P avec votre équipe ?!

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Pascal Jacquin

Expert en communication interpersonnelle

20 ans d’expérience comme responsable commercial, puis comme directeur de la formation dans diverses grandes entreprises.

Consultant depuis 2004 en ingénierie pédagogique et spécialiste des domaines …