Droit du travail & RH

  1. Accueil
  2. Actualités

Actualités

Article ancien - Il se peut que les informations et les liens ne soient plus à jour

Edito de juin : mourir d’ennui

Publié le par dans Sécurité et santé au travail.

La chanson de Charles Aznavour et le film d’André Cayatte laissaient entendre qu’il était possible de mourir d’aimer. Voici que maintenant des éminents spécialistes nous apprennent qu’il est envisageable, au sens propre comme au sens figuré, de mourir d’ennui au travail.

En 2010, un article intitulé « bore to death ? » de l’International Journal of Epidemiology d’Oxford a permis de connaitre un peu plus précisément les conséquences, sur les salariés, de l’ennui au travail.

Le résultat est à la fois surprenant et inquiétant. En effet, les scientifiques démontrent qu’il multiplierait par trois le risque de maladies cardio-vasculaires chez ceux qui y sont exposés. En outre, l’ennui professionnel serait la source de graves dépressions, de fatigues chroniques, et il conduirait à une perte de l’estime de soi.

Dans le cadre de la souffrance au travail, nous avons tous entendu parler du « burn out », ce syndrome d’épuisement professionnel qui frappe les travailleurs surmenés, mais jusqu’à présent rien sur le « bore out ». Il semblerait qu’il faille s’y habituer car les cas se multiplient. Certaines études avancent le chiffre de 20 % de salariés concernés. Attention, il ne s’agit pas de situations ponctuelles provenant d’un creux d’activité mais d’un réel ennui quotidien et permanent.

Parmi les causes du « bore out », il a été identifié : la surqualification, les tâches inintéressantes, l’absence d’intérêt du poste, la faible quantité de travail disponible, la mise au placard.

La fonction publique et le secteur tertiaire seraient les plus concernés par cette nouvelle pathologie.

En résumé, il semblerait que trop de travail ait les mêmes conséquences négatives sur la santé des salariés que pas assez de travail.

Il y a quelques mois une trentaine de parlementaires ont interpellé le gouvernement sur « ce que l’on nomme souvent « burn out » est en train de devenir une question majeure dans notre société du 21e siècle. Il devient urgent d’en prendre la mesure et d’en tirer les conclusions. » (…) « nous demandons la reconnaissance de l’épuisement comme maladie professionnelle ». A quand une extension au « bore out » ?


Par Philippe LAFONT, consultant en droit social