Faute professionnelle : appliquer la bonne sanction
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Evaluer la faute du salarié
Lorsqu’un salarié commet une faute, vous devrez tout d’abord évaluer sa gravité avant de la sanctionner. Chaque situation devra être étudiée au cas par cas.
Vous devrez prendre en compte plusieurs paramètres qui viendront pondérer la gravité de la faute : le salarié n’a encore jamais commis de faute, il a une ancienneté importante dans l’entreprise. Ces deux critères pourront alors jouer en faveur du salarié.
Par ailleurs, il faudra mesurer l’intention du salarié : est-ce une simple étourderie ou un acte conscient ?
Il vous faudra également examiner la situation au regard du poste occupé : le salarié occupe des fonctions importantes avec des responsabilités ou des fonctions d’exécution simple. Vous pourriez alors être en droit d’être plus sévère à l’égard du salarié qualifié, lequel aura sûrement des obligations renforcées.
Enfin, vous devrez évaluer votre préjudice : la faute a-t-elle des conséquences graves (matérielles, financières, organisation) ?
Dans tous les cas, sachez qu’il n’y aura pas d’automaticité des sanctions : un même fait fautif pourra donner lieu à différentes sanctions selon les cas.
Seules la faute grave et la faute lourde sont définies. La faute grave est celle résultant de tout fait (ou ensemble de faits), non déjà sanctionné, imputable au salarié et constituant une violation des obligations découlant de son contrat ou de sa fonction, d’une importance telle qu’elle rend impossible le maintien de l‘employé dans la société concernée pendant la durée du préavis théorique.
La faute lourde est la faute d’une exceptionnelle gravité commise avec l’intention de nuire à l’employeur.
Attention toutefois, vous pourrez sanctionner le fait fautif dans les deux mois qui suivent le jour où vous en avez eu connaissance. Au-delà de ce délai, la faute sera prescrite et vous ne pourrez plus la sanctionner.
Déterminer la sanction applicable
Il existe une « échelle » des sanctions disciplinaires, de la moins lourde de conséquences à la plus grave classiquement présentée comme ceci :
- l’avertissement verbal ou écrit ou le blâme (simple mise en garde, portée au dossier du salarié) ;
- la mise à pied disciplinaire (exclusion de l’entreprise avec retenue sur salaire) ;
- la mutation ;
- la rétrogradation ;
- le licenciement pour cause réelle et sérieuse,
- le licenciement pour faute grave (sans préavis ni indemnité) ou lourde (ni préavis, ni indemnité, ni congés payés).
Si le salarié a déjà fait l’objet de sanctions disciplinaires pour des faits similaires au nouveau grief, vous pourrez alors prendre en considération les anciennes sanctions de moins de deux ans pour justifier d’une sanction plus lourde.
Dans notre affaire, un salarié couvreur a été licencié pour faute lourde après avoir notamment tenu des propos injurieux sur la société qui l’employait. Le salarié conteste la mesure et obtient gain de cause. La cour d’appel estimait notamment que les propos tenus exprimaient plus un sentiment d’insatisfaction plutôt qu’une volonté de porter atteinte aux intérêts de l’entreprise. Il n’y avait donc pas de faute lourde ni même de faute grave.
Avant de vous précipiter dans le choix d’une sanction, veillez surtout à garantir la proportionnalité de la sanction à la faute commise.
En effet, toute mesure disciplinaire pourra faire l’objet d’une contestation devant les juridictions, qu’il s’agisse d’un simple avertissement comme d’un licenciement. Seuls les juges seront alors compétents pour évaluer la proportionnalité de la sanction et les conséquences d’une éventuelle requalification de la sanction par les juges peuvent être lourdes.
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Charlène Martin
Cour de cassation, chambre sociale, 13 juillet 2016, n° 15–12.430 (les propos indélicats du salarié exprimant un sentiment d’insatisfaction plutôt qu’une volonté de porter atteinte aux intérêts de l’entreprise ne constituent ni une faute grave ni une faute lourde)
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