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Inaptitude d’un travailleur handicapé : l’indemnité compensatrice de préavis est-elle doublée en cas de licenciement ?

Publié le par dans Licenciement BTP.

Licencier un salarié en raison de son handicap est considéré comme discriminatoire. Toutefois, si votre salarié est déclaré inapte, vous serez tenu de le reclasser ou, à défaut, de rompre son contrat. Dans ce cadre, les juges de la Cour de cassation précisent petit à petit leur position sur la règle du doublement de l’indemnité compensatrice de préavis prévue par le Code du travail en faveur des travailleurs handicapés.

Inaptitude d’un travailleur handicapé : des règles particulières s’appliquent

La procédure de licenciement pour un travailleur handicapé est la même que pour n’importe quel autre salarié. L’indemnité de licenciement se calcule également de manière identique.

Toutefois, le travailleur handicapé bénéficiera d’une durée de préavis doublée, sans que celle-ci ne puisse dépasser les trois mois (article L. 5213-9 du Code du travail). 

Cette règle est-elle applicable à l’indemnité compensatrice de préavis en cas de licenciement pour inaptitude d’un travailleur handicapé ? La réponse n’est pas si évidente.

Lorsqu’il s’agit d’une inaptitude liée à un accident du travail ou à une maladie professionnelle, le salarié, handicapé ou non, bénéficiera d’une indemnité égale à l’indemnité compensatrice de préavis. La Cour de cassation avait déjà eu l’occasion de juger que le doublement de l’indemnité compensatrice de préavis ne s’appliquait pas au licenciement pour inaptitude professionnelle d’un travailleur handicapé.

La Haute Juridiction s’est récemment prononcée sur une inaptitude non-professionnelle pour laquelle l’employeur avait manqué à son obligation de reclassement.

Inaptitude d’un travailleur handicapé : un manquement à l’obligation de reclassement entraîne le doublement du préavis !

Dans l’affaire soumise à la Cour de cassation, un ouvrier d’exécution a été reconnu travailleur handicapé puis déclaré inapte par le médecin du travail. Il a été licencié par son employeur pour inaptitude et impossibilité de reclassement. Le salarié a estimé qu’il avait droit au doublement de son indemnité compensatrice de préavis du fait de son statut de travailleur handicapé.

La Cour d’appel considère que le doublement de l’indemnité compensatrice de préavis n’est pas applicable au licenciement pour inaptitude, le salarié ne bénéficiant pas d’un arrêt de travail pour accident du travail ou maladie professionnelle. Les juges de la Cour de cassation rejettent cet argumentaire en estimant que le droit au doublement de l’indemnité de préavis, dans la limite de trois mois, est acquis dès lors que le salarié est reconnu handicapé et qu’un manquement de l’employeur à son obligation de reclassement est constaté.

L’inaptitude concernée par cette décision était non-professionnelle mais nous pouvons logiquement estimer que la position de la Cour aurait été la même en cas d’inaptitude professionnelle : le doublement de l’indemnité de préavis peut être demandé devant un conseil de prud’hommes à la condition que le salarié démontre un manquement de son employeur à son obligation de reclassement.

La seule interrogation qui demeure reste celle du licenciement pour inaptitude non-professionnelle d’un travailleur handicapé pour lequel aucun manquement à l’obligation de reclassement n’est constaté.

Les Editions Tissot vous conseillent leur documentation « Social Bâtiment » afin de répondre à toutes les autres questions que vous pouvez vous poser concernant l’inaptitude de votre salarié.


Cour de cassation, Chambre sociale, 20 novembre 2019, n°18-22026 (le manquement de l’employeur à son obligation de reclassement d’un salarié reconnu travailleur handicapé entraîne le doublement de la durée de préavis dans la limite de trois mois et donc celui de l’indemnité compensatrice de préavis)