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L’interview du mois : les seniors sont-ils de bons tuteurs ?

Publié le par dans Contrat de travail BTP.

Nicole Raoult est consultant/chercheur en ressources humaines et dirige Maturescence, un réseau d’experts spécialistes de la problématique du management des âges et du vieillissement en entreprise. Elle revient pour nous sur le rôle des seniors dans la transmission des savoirs.

Le développement du tutorat constitue-t-il la solution à l’emploi des seniors et à la transmission des savoirs aux plus jeunes ?

C’est en tout cas l’une des pistes privilégiée par le Gouvernement, qui entend favoriser l’emploi des « salariés âgés » et le développement de l’alternance en misant largement sur le tutorat.

C’est d’ailleurs l’un des axes de la loi portant réforme des retraites, au chapitre « Développer l’emploi des seniors ».

Ce texte prévoit en effet une aide à l’embauche pour le recrutement de salariés de plus de 55 ans au chômage et le renforcement du tutorat entre les seniors et les jeunes, afin de faciliter la transmission de savoirs avant le départ à la retraite. Reste que de nombreux travaux l’attestent : « senior » et « tutorat » ne vont pas forcément de pair.

Pour quelles raisons « senior » et « tutorat » ne vont-ils pas forcément de pair ?

La séniorité n’est pas un critère prioritaire pour devenir tuteur, même si, depuis la mise en œuvre du Plan emploi seniors par le Gouvernement en 2009, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à s’intéresser au tutorat.

L’idée selon laquelle les tuteurs seraient naturellement des seniors et les seniors spontanément de bons tuteurs doit être largement relativisée dans les faits. C’est en tout cas une fausse évidence.

Contrairement aux idées reçues, les seniors ne représentent pas la grande majorité des tuteurs. Ainsi, dans le Bâtiment, seuls 20 % des salariés chargés d’une fonction de tutorat sont âgés de 49 ans et plus.

Le secteur du Bâtiment a conclu le 23 décembre 2009 un accord collectif en faveur de l’emploi des salariés âgés dans le BTP. Toute une partie de cet accord traite spécifiquement du tutorat.

Pour en savoir plus, nous vous proposons de télécharger cet accord :

Un bon tuteur est jugé avant tout sur son expérience professionnelle et sur ses compétences pédagogiques. L’âge ne fait rien à l’affaire. La piste du tutorat explorée aujourd’hui est donc loin d’être la solution miracle. On peut même dire qu’elle est à l’exact opposé des aspirations émises par les seniors.

En quoi le tutorat serait-il à l’opposé des aspirations des seniors ?

Contrairement aux clichés habituels, les seniors veulent, comme tout salarié actif, progresser en termes de compétences et être reconnus pour ce qu’ils sont. Ils pensent encore et surtout à leur équilibre, à leur carrière et à leur place au sein de l’entreprise.

Bien qu’étant perçus comme de bons transmetteurs d’un savoir, ils refusent d’être cantonnés à un simple rôle de tuteur pour les nouveaux entrants. Pour nombre de seniors, devenir tuteur est en effet synonyme de « mise au placard ».

C’est ce que démontre une enquête de l’Observatoire de la CEGOS publiée en juin 2010 et réalisée auprès de 1.000 salariés de 50 à 65 ans. Cette étude confirme en effet que la majorité des quinqua (51 %) veut avant tout continuer à évoluer professionnellement, même en fin de carrière. Et cette majorité attend de leur entreprise une reconnaissance de leur expertise et de leurs compétences.

Le tutorat comme solution à l’emploi des seniors doit-il alors être écarté ?

Non, mais pour être pertinent, il doit s’inscrire dans une démarche réfléchie et pérenne. Envisager le tutorat comme une des solutions à l’emploi des seniors reste une piste intéressante, mais elle doit s’accompagner d’une réflexion sur sa faisabilité, par branche et, au sein des entreprises.

Confrontée à des départs massifs à la retraite et au risque de perdre ses savoirs et sa « culture métier », une branche doit ainsi s’intéresser au tutorat senior.

Cela a été notamment la démarche entreprise dès 2003 par le secteur du papier/carton, qui a créé par l’intermédiaire de son OPCA un dispositif spécifique « Cap tutorat ».

À partir d’un diagnostic, l’entreprise peut aussi mettre en place, par le biais d’un organisme externe, des réunions de sensibilisation sur-mesure pour tous les salariés impliqués dans cette démarche et un accompagnement personnalisé effectué par un « conseiller tutorat », qui intervient dans l’établissement.

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