Droit du travail & RH

La révolution du télétravail aura-t-elle lieu ?

Publié le par dans Contrat de travail.

Le télétravail… Des milliers de salariés en rêvaient, la Covid-19 l’a fait ! Pas sous la forme d’une proposition, mais plutôt d’une injonction. Le 17 mars dernier, c’est en effet environ 6 millions de Français qui ont été sommés de travailler de chez eux, préparés ou non, équipés ou non ! À l’heure où ces salariés reprennent petit à petit le chemin de leurs bureaux, tout le monde se demande si les vannes du télétravail qui ont été ouvertes vont se refermer. L’interrogation est légitime, car il y a à peu près autant d’arguments « pour » le travail à distance, que « contre »…

Télétravail généralisé, quels sont les freins qui persistent ?

Le tout premier frein, bien évidemment, reste la réelle volonté des salariés à y accéder. Tant qu’il était conceptuel, le télétravail était l’objet de tous les fantasmes : fini le lever aux aurores, les embouteillages, le sourire forcé à un collègue insupportable, les réunions qui n’en finissent plus, etc. Malgré tout, pour certains, à peine goûté, le télétravail présente une autre saveur… plus amère : celle de l’isolement, de la désorganisation, de l’ennui, etc. Je gagne une à deux heures de sommeil, O.K., mais je n’ai plus aucun lien social, la pause-café ou cigarette avec les collègues me manque. Je tourne en rond entre mes quatre murs en attendant le retour de l’école des enfants. Mon bureau est réduit à un coin de table de la cuisine avec une connexion capricieuse, etc. Bref, après deux mois de confinement, on est prêt à brûler ce que l’on était persuadé d’adorer !

Côté employeurs, des freins liés à la sécurité des salariés et des données persistent également, même si avec les systèmes actuels de digital workplace, les environnements de travail deviennent de plus en plus flexibles et sécurisés.

Il demeure également un véritable problème culturel, lié au « contrôle » managérial. La massification du télétravail implique un changement de paradigme. En travaillant de chez eux, les collaborateurs sont en effet supposés devenir, de fait, responsables et autonomes. Cela sous-entend que la tâche, ou l’objectif fixé, relève de leur propre organisation de travail. Peu importe le « quand », le « comment » et le « où ». Le collaborateur a une obligation de résultat et non de moyens. En résumé, si un comptable passe 6 heures sur son canapé devant Netflix mais qu’il saisit ses écritures comptables durant la nuit, peu importe. Seul le résultat compte !

Or, ces nouveaux modes de fonctionnement passent – pour certaines entreprises – par un chantier de conduite du changement à tous les étages hiérarchiques. Et une acquisition, par les salariés, des deux valeurs phares : responsabilisation et autonomie !

Pourquoi la révolution du télétravail pourrait quand même bien avoir lieu…

Il y a les travailleurs à qui le « lien social » a cruellement fait défaut. Mais il y a aussi ceux pour qui le home office aura été une parenthèse enchantée. Du temps de sommeil supplémentaire, exit les transports devenus insupportables, davantage de temps partagé avec les siens, et surtout, ce sentiment d’être enfin devenu « responsable et autonome ». Certains collaborateurs ont particulièrement bien vécu l’expérience. Et en plus, ils se sont montrés productifs !

Dès lors, comment l’employeur qui leur refusait ce droit depuis des années pourra-t-il continuer à prétendre que c’est « techniquement impossible » ? D’autant que l’aspect technique, précisément, est de moins en moins insurmontable : mutualisation de fichiers et accès partagés en ligne (cloud), partage d'informations (de type Slack ou Workplace), réunion en ligne avec des solutions comme Zoom ou Google Meet, etc. Jamais nos outils de travail n’auront autant poussé au « nomadisme professionnel » !

Et puis, enfin, il y a ce paramètre dont les entreprises avaient conscience depuis bien longtemps mais que certaines avaient mis de côté sans jamais franchir le pas : l’aspect économique. Car, bien sûr, cela nécessite de grands chantiers de réorganisation, mais laisser les salariés travailler de chez eux peut représenter des milliers de mètres carrés de foncier économisés, et ce, quelquefois dans des quartiers d’affaire très onéreux. Alors ajoutons cet argument ultime à des considérations écologiques (moins de déplacement = moins de CO2) et d’équilibre vie pro/vie perso, et le dilemme pourrait bien être tranché en faveur du « remote » généralisé. C’est d’ailleurs un parti pris annoncé par quasiment toutes les entreprises du GAFA.

Reste que les entreprises françaises n’appartiennent pas au GAFA. Une connexion Internet n’est pas toujours suffisante pour remplir une mission professionnelle. Si l’on ajoute le fameux paramètre du lien social, alors peut-être le télétravail s’engage-t-il, en France, dans une « semi-révolution ». Une étape nouvelle qui en ouvrirait un peu plus les vannes, mais sur une base de volontariat, et en maintenant un quota de jours sur site. Les économies foncières ne seront alors peut-être que des économies d’échelle, mais un premier pas sera alors franchi…