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Des métiers essentiels, mais dangereux pour la santé

Publié le 01/03/2023 à 07:04 dans Risques professionnels.

Temps de lecture : 4 min

Dans un dossier pour la fondation Jaurès, trois salariés de l’IFOP analysent le rapport au travail des travailleurs exerçant des « métiers essentiels ». Ils mettent en exergue une concentration de risques pour la santé et une attractivité faible, autant de problèmes que les entreprises doivent prendre en compte.

Des métiers en manque de reconnaissance

Quel est le point commun entre les métiers du soin, du commerce de détail, de l’entretien, du transport, de la sécurité et de la restauration ? Ils ont été en « première ligne » ou en « seconde ligne » pendant la pandémie de Covid-19.

Cette mise en avant a vécu. Malgré le sentiment d’exercer un métier utile dont on pourrait difficilement se passer, les salariés de ces métiers témoignent d’un fort manque de reconnaissance, voire d’une dévalorisation sociétale. Telle cette salariée, citée par les auteurs du dossier, qui évoque une cliente disant à sa fille « Si tu continues comme ça, tu seras caissière comme la dame ».

Le saviez-vous ?
Outre le manque de reconnaissance, ce sont des métiers avec de fortes exigences émotionnelles et une pression temporelle. L’INRS rappelle que l’exposition au risque de burn-out concerne notamment les professions d’aide et de soin.

Des métiers pénibles

Balayage, repassage et autres gestes répétitifs. Lever de bénéficiaires et autres manutentions de charges lourdes. Postures contraignantes. A l’instar des aides-soignantes, une large part de ces métiers essentiels cumulent les facteurs de pénibilité et exposent au risque de troubles musculosquelettiques.

Le travail de nuit concerne aussi particulièrement les secteurs de la santé, du commerce et du transport.

Il en résulte une difficulté à se projeter dans le même métier avec la perspective d’un allongement de la durée de carrière. Ainsi, cet aide-soignant cité par les auteurs du dossier énonce : « Je me vois dans vingt ans dans un fauteuil roulant tellement je serai cassé de partout ». Il envisage une reconversion.

Une surcharge de travail qui s’accentue

Dans son enquête en besoins de main d’œuvre 2022, Pôle emploi souligne une accentuation des difficultés de recrutement pour les employés de l’hôtellerie et la restauration, les employés de libre-service et pour les aides à domicile et aides-soignants.

De son côté, la DARES explique que les entreprises dont les salariés sont exposés à des conditions de travail difficiles sont plus nombreuses à connaître des difficultés de recrutement.

Il en résulte un cercle vicieux, avec un manque d’effectifs accroissant la surcharge et dégradant les conditions de travail.

Une démarche de prévention nécessaire pour les employeurs

Tant pour des enjeux de santé au travail que d’attractivité, les entreprises doivent réagir.

A court terme, l’amélioration des conditions de travail est inévitable. Pour ce faire, les entreprises peuvent s’appuyer sur les principes généraux de prévention, et notamment « Adapter le travail à l'homme, en particulier en ce qui concerne la conception des postes de travail ainsi que le choix des équipements de travail et des méthodes de travail et de production, en vue notamment de limiter le travail monotone et le travail cadencé et de réduire les effets de ceux-ci sur la santé. » (Code du travail, art. L. 4121-2).

Il est recommandé d’associer les salariés dans cet exercice. Ainsi, une caissière citée par les auteurs donne ses idées : « Sur la caisse, on a un petit clavier incrusté bas donc j’ai toute la journée la tête baissée sur ce clavier, donc les cervicales sont touchées […] Moi, je changerais notre matériel, nos sièges ne conviennent pas, le plan de travail n’est pas adapté, on a mal partout […] Si on pouvait atténuer le bruit aussi et la lumière. »

Cela ne dispense pas d’une nécessaire réflexion à moyen et long terme sur la gestion des carrières et des parcours professionnels de ceux qui exercent des métiers pénibles et ne s’imaginent pas continuer la même activité pendant plusieurs décennies.

Vous souhaitez encourager les salariés à être proactifs en les faisant participer aux décisions sur la prévention des risques ? Découvrez notre « Kit Animer la chasse aux risques ».


Focus IFOP - Fondation Jean Jaurès, où sont passées les « première et deuxième lignes », n° 235, février 2023

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Michaël Bouvard

Chargé de mission qualité de vie au travail

Chargé de mission qualité de vie au travail, j'oeuvre sur différents sujets relevant de ce domaine : prévention et évaluation des risques psychosociaux, prise en compte de la qualité de vie au …