Santé & sécurité

Du stress « aigu » au stress post-traumatique

Publié le par dans Risques psychosociaux.

Il est d’usage, dans la prévention des risques psychosociaux, de distinguer le stress aigu du stress chronique.

D’après l’INRS, le stress aigu correspond aux réactions de notre organisme quand nous faisons face à une menace ou à un enjeu ponctuel. Lorsque cette situation, bien souvent imprévisible, prend fin, les symptômes de stress disparaissent peu après.

Le stress chronique correspond, quant à lui, à la réponse de notre corps à une situation de stress qui s’installe dans la durée. En cause, un déséquilibre ressenti jour après jour entre ce que l’on nous demande dans le cadre professionnel et nos ressources et capacités à faire face.

En matière de santé, particulièrement de santé au travail, une morbidité plus importante est associée au stress chronique (Chouanière, 2011). Ainsi, la prévention des risques psychosociaux va se centrer principalement sur l’identification des facteurs de stress chronique dans l’activité / le contexte de travail.

Différents types de stress aigus et de conséquences

Néanmoins, de nombreux métiers et secteurs d’activité sont exposés à des situations de violences et/ou de stress plus ponctuelles voire même rares, mais qui, notamment si elles sont négligées, vont présenter d’importants risques pour la santé psychique des salariés.

Les professionnels concernés par la manipulation d’objets ou biens précieux (commerces, banques, etc.), ou encore des situations d’autorité ou de contrôle sur autrui (police et gendarmerie, éducation, transports, etc.), sont particulièrement vulnérables. Et pas toujours les mieux accompagnés... en effet, ces risques, encore trop souvent considérés comme « faisant partie du métier » peuvent être banalisés (voire la responsabilité des salariés mise en cause).

Ce ne sont pas les seuls : le risque d’agression physique ou psychologique concerne finalement l’ensemble des salariés exposés au public, qu’ils soient patients, usagers, clients ou même fournisseurs.

Au-delà des problématiques de violences, des situations de travail à caractère stressant ou traumatisant, comme par exemple la survenue d’accidents de personnes ou d’accidents du travail graves voire mortels sur le lieu de travail, peuvent encore élargir le panel de métiers et de salariés concernés.

Pour Sylvie Teneul, psychologue et psychothérapeute, il s’agit surtout de dissocier deux types de situations, nécessitant des approches et prises en charge différentes :

  • celles pouvant générer un stress cumulatif, voire un épuisement ou une dépression réactionnelle (assimilable aux conséquences du stress chronique) ;
  • et celles relevant d’un véritable stress psycho-traumatique, ce dernier type de stress pouvant concerner « tout un chacun, qui soudainement et brutalement, se retrouve confronté à la mort, la sienne ou celle d’autrui ».

Au-delà du stress, il est alors question d’un véritable bouleversement de l’équilibre psychique et des défenses habituelles du salarié.

Parmi les signaux les plus documentés dans la littérature reviennent le sentiment de culpabilité, les stratégies d’évitement, ou encore des reviviscences de l’événement. Mais une phase de « latence » est bien souvent observée, laissant parfois à penser, à tort, que les salariés ont réussi à dépasser les difficultés liées à l’événement.

Prévenir et accompagner le stress post-traumatique

Si les entreprises se doivent de repérer et d’anticiper au maximum ce phénomène au sein de l’entreprise, elles ne peuvent pas éviter toutes les situations potentiellement traumatisantes pour leurs salariés. Mais elles peuvent mettre en place ou renforcer des mesures de prévention secondaire et tertiaire pour sensibiliser et accompagner les salariés, et notamment :

  • l’information / la sensibilisation des salariés (dès le stade du recrutement), l’implication et la formation des managers ;
  • la prise en charge des victimes au plus tôt et au plus près des événements, la mise en place d’entretiens de « débriefing » mais aussi l’organisation d’une « chaîne humaine » au sein de l’entreprise ;
  • l’accompagnement et le soutien psychologique individuel par un psychologue ;
  • l’accompagnement lors du retour au travail, par le médecin du travail, le manager, les collègues et l’aménagement temporaire du poste et ou de l’organisation du travail.

La prise en compte de chaque situation potentiellement traumatique doit toujours se faire au cas par cas, mais aussi selon chaque salarié, dans le respect de son vécu et de sa subjectivité. Des réactions très contrastées peuvent en effet être observées et doivent être légitimées, pour lutter contre les représentations erronées autour du trauma.

Cette problématique du stress post-traumatique est à inclure dans la prévention des risques psychosociaux et dans les avancées de l’entreprise pour mieux appréhender le vécu des salariés et développer une culture de prévention et de santé au travail dans sa globalité.