Quel type de contenu souhaitez-vous chercher ?

Et si la prévention des RPS s’intéressait … aux temps de repos ?

Publié le 16/03/2022 à 07:21, modifié le 17/03/2022 à 14:08 dans Risques psychosociaux.

Temps de lecture : 5 min

Contenu proposé par les :

Moins de jargon, plus de solutions

Les Éditions Tissot facilitent l'application du droit du travail au quotidien dans les entreprises.

Au même titre que la qualité de vie au travail, la qualité des temps de repos contribue pleinement à la satisfaction professionnelle et à la performance d’un salarié. Or, bien se reposer, ça se prépare aussi sur le lieu de travail !

La qualité des temps de repos, facteur de santé psychologique

La situation de travail est, par définition, porteuse d’exigences et de contraintes. Celles-ci nous motivent généralement à fournir des efforts pour atteindre nos objectifs et nous permettre de monter en compétences. Mais ces exigences consomment aussi des ressources.

Pensez à un moteur de voiture : il vous amènera à destination tant qu’il a le carburant nécessaire. Une fois cette réserve vidée, c’est la panne.

Le corps humain fonctionne d’une manière similaire : nous avons besoin de nous « ressourcer » (tout est dit) régulièrement. Bien loin d’être accessoires, les temps de repos et de loisirs sont donc indispensables, non seulement pour la santé, mais aussi pour la performance et l’efficacité professionnelle des individus.

Or, qui dit temps de repos de qualité dit temps de repos déconnecté ! Ce qui est souvent bien plus facile à dire qu’à faire. Voici quelques pistes de réflexion pour accompagner les salariés d’une entreprise vers une meilleure qualité des temps de repos.

Faire de la déconnexion un comportement valorisé

Depuis janvier 2017, le droit à la déconnexion intervient en complément de l'obligation pour l'employeur de prendre « les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale » de ses salariés (Code du travail, art. L. 4121-1 et suivants).

De nombreuses entreprises ont ainsi pris des mesures pour limiter l’utilisation des ordinateurs et téléphones professionnels, ainsi que l’accès aux boîtes mail en dehors des heures de travail. Mais on constate que cela ne permet pas toujours de favoriser une réelle déconnexion.

L’incitation explicite à la déconnexion doit s’accompagner d’un travail sur la culture de l’entreprise. Il est nécessaire d’amorcer une transition d’une culture de la surcharge et de l’urgence à une culture de la santé mentale. Or, en matière de culture d’entreprise, ce sont bien souvent les responsables et les dirigeants qui montrent l’exemple. L’exemplarité des responsables en matière de déconnexion peut ainsi avoir valeur de norme et permettre aux collaborateurs de s’autoriser à faire de même.

La valorisation des comportements de déconnexion peut également être plus explicite. Il est important de sortir de l’automatisme qui nous pousse à valoriser le surinvestissement. Si les efforts doivent bien entendu être remerciés, le fait de prendre soin de sa santé peut l’être tout autant.

Soigner l’organisation du travail pour limiter la surcharge mentale

Même avec des normes de déconnexion visibles, il n’est pas toujours évident de déconnecter. Pour la bonne raison que certains enjeux professionnels nous suivent à la maison, même en l’absence de mails.

La surcharge mentale est l’une des principales causes de difficultés psychologiques à déconnecter du travail. Trop d’informations en tête, trop d’urgences à gérer, trop de tâches parallèles à réaliser nous amènent ainsi à une saturation qui se poursuit bien après avoir quitté son bureau. Si on ne peut pas totalement la supprimer, la charge mentale peut être maîtrisée grâce à une organisation efficace.

L’organisation du travail passe en premier lieu par une clarification des attentes. Cela implique, dès le début d’un projet, de définir précisément et pour chaque personne impliquée ses missions, ses tâches, et globalement ce qui est attendu d’elle. Cela permet une meilleure organisation de son temps de travail. Cela limite également les risques de conflits, car chacun sait ce qu’il a à faire.

Autre possibilité : limiter l’envoi des mails et des invitations aux réunions aux personnes dont l’avis ou la présence est indispensable. Cela permet de limiter la quantité d’informations que les salariés ont à traiter dans une journée. Certaines entreprises ont par exemple choisi de limiter drastiquement l’utilisation de la fonction “répondre à tous” pour réduire le nombre de mails reçus quotidiennement.

Instaurer des rituels qui facilitent la déconnexion

On sous-estime souvent l’importance des bonnes habitudes. Les rituels que nous mettons en place au moment de quitter le travail peuvent jouer un rôle intéressant sur notre capacité à déconnecter.

Vous est-il déjà arrivé de quitter le travail au milieu d’une tâche, parce que l’heure était venue ou parce que vous vous êtes soudain rendu compte que vous n’aviez plus les ressources nécessaires pour continuer ? Alors vous savez sans doute à quel point cela peut générer un sentiment d’inachevé et de frustration qui envahit les pensées.

Faciliter la déconnexion, cela passe également par le fait de repenser les 30 minutes qui précèdent le départ du bureau. Pourquoi ne pas inciter les salariés à partir un petit peu plus tôt s’ils ont fini quelque chose, plutôt que de se lancer dans une nouvelle tâche qu’ils ne pourront de toute façon pas finir et qui les laissera sur un sentiment d’inachevé ?

De manière plus collective, instaurer un rituel récapitulatif en fin de semaine peut permettre de prendre conscience de l’avancée globale des projets et de planifier la semaine suivante pour ne pas y penser le week-end.

Enfin, sachez que la reconnaissance permet d’augmenter la conscience de ses réussites et la satisfaction professionnelle. Un moyen simple et efficace pour rassurer les salariés sur la qualité de leur travail et faciliter leur prise de repos !

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’adaptation de la charge mentale de vos salariés à leur poste, nous vous recommandons notre documentation « Obligations et bonnes pratiques en santé sécurité au travail », dont est extraite notre grille d’évaluation de la charge mentale des salariés affectés à des postes manuels, que vous pouvez télécharger ci-dessous.

Grille d’évaluation de la charge mentale des salariés affectés à des postes manuels


Desaunay, C. (2017). La déconnexion au travail : nouvelle norme ? Veille & Prospective. INRS
Tanquerel, S. (2019). Le droit à la déconnexion : vers une remise en question de la norme du « salarié idéal » ? The Conversation.

4483

Nolwenn Anier

Docteure en psychologie - Consultante R&D

Docteure en psychologie, diplômée de l'université Clermont-Auvergne, Nolwenn a mené au cours de ses travaux de thèse différentes études ayant permis d'examiner la promotion de la diversité culturelle...