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Pilotage du travail et risques psychosociaux

Publié le par dans Risques psychosociaux.

Le stress au travail peut découler d’une inéquation entre les objectifs fixés aux salariés et les moyens qui leur sont donnés. Parmi les facteurs organisationnels pouvant entraîner des risques psychosociaux au travail, on trouve les modes de fixation des objectifs imposés aux salariés et d’évaluation de leur travail par leur hiérarchie. L’enquête Sumer 2010 fournit des données et permet d’observer les éventuels liens entre les modalités de pilotage du travail et l’exposition des salariés aux facteurs de risques psychosociaux.

Les entretiens individuels ne sont pas toujours associés à des objectifs chiffrés

Ces entretiens permettent aux salariés et aux employeurs de faire le bilan, le plus souvent, une fois par an, sur l’organisation et le contexte du travail et sur la performance des salariés relativement aux attentes des employeurs. Selon l’enquête Sumer 2010, 56 % ont eu leur entretien annuel. Quand il a lieu, dans 3/4 des cas, il porte sur des critères « précis et mesurables » et 34 % des salariés ont des « objectifs chiffrés précis à atteindre ».

Il existe 5 manières d’articuler évaluation individuelle et objectifs chiffrés :

  • 1/3 des salariés n’a ni entretien individuel, ni objectifs chiffrés. Ce sont 57 % des établissements dont l’effectif est de moins de 10 salariés. 53 % sont titulaires de CDD ou de contrats temporaires et 40 % sont des salariés les moins qualifiés (ouvriers, employés de commerce et de services). Quant aux métiers visés, ce sont les secteurs de l’agriculture, du BTP, etc. ;
  • 21 % bénéficient d’un entretien individuel d’évaluation appuyé sur des « critères précis et mesurables » sans objectifs chiffrés précis à atteindre. On retrouve cette situation dans les secteurs de la santé et de l’action sociale (36 %) ; dans les établissements de plus de 500 salariés (38 %) et dans l’administration publique ;
  • 10 % des salariés ont au moins une fois par an, un entretien d’évaluation avec leur supérieur hiérarchique mais sans critères précis, ni objectifs chiffrés ;
  • 22 % des salariés combinent objectifs chiffrés avec entretien « cadré ». Sont les plus concernés, les cadres (39 %), les professions intermédiaires (29 %), les salariés des établissements de plus de 500 salariés (34 %), les salariés du secteur de la finance et des assurances (50 %). Les métiers les plus concernés sont : les employés, les techniciens et cadres du secteur de la banque (2/3) et le commerce (agents de maîtrise et cadres commerciaux et technico-commerciaux, représentants vendeurs) et les ingénieurs et cadres de l’industrie ;
  • 13 % des salariés ont des objectifs chiffrés sans entretien individuel d’évaluation ou ont cet entretien qui repose sur des critères précis et mesurables. Sont concernés, les ouvriers non qualifiés (16 %) et plus précisément ceux de l’électricité et de l’électronique, du cuir et du textile, des industries du process et de la métallurgie.

Les salariés avec objectifs chiffrés ont un travail plus soutenu et ont plus de tensions avec le public

Ce qui ressort ici est que ces salariés déclarent devoir « toujours ou souvent se dépêcher pour faire leur travail » qu’ils aient ou non un entretien individuel d’évaluation (1/2 contre moins d’1/3 des autres salariés). Pour 44 % qui ont des objectifs chiffrés à atteindre, avec ou non un entretien individuel d’évaluation disent qu’on leur « demande d’effectuer une quantité excessive de travail ».

Parmi les salariés qui sont en contact avec le public, 10 % d’entre eux disent vivre « en permanence » ou « régulièrement » des tensions avec le public et 18 % ont même subi une agression au cours des 12 derniers mois. Sont plus concernés, les salariés qui ont des objectifs chiffrés à atteindre. Cette surexposition reste vraie indépendamment de l’existence d’un entretien professionnel et de son caractère « cadré » comme dans le cas de l’intensité au travail.

Les salariés qui ont des entretiens d’évaluation « cadrés » bénéficient d’un meilleur soutien social et d’une meilleure reconnaissance de leur travail

Ces salariés indiquent moins souvent manquer de soutien de leurs collègues ou de leurs supérieurs. 17 % indiquent que leur supérieur « ne prête pas attention à ce qu’ils disent » contre 25 % qui ont des objectifs chiffrés sans entretien « cadré » et 11 % précisent que leurs collègues ne les « aident pas à mener leurs tâches à bien ». À noter que le soutien social des supérieurs et des collègues est plus habituel quand les salariés n’ont pas d’objectifs chiffrés et d’entretien. Par contre, quand des objectifs chiffrés existent sans entretien « cadré », le soutien du supérieur fait défaut.

De plus, 12 % des salariés qui n’ont ni entretiens individuels, ni objectifs chiffrés précisent avoir le sentiment « d’être traité injustement » dans leur travail contre 18 % qui ont des objectifs chiffrés sans entretien « cadré ».

Pour les salariés qui n’ont pas d’objectifs chiffrés à atteindre, jouir d’une évaluation basée sur des critères précis améliore le vécu au travail et pour ceux qui ont des objectifs chiffrés, un entretien d’évaluation « cadré » semble ralentir l’association négative entre risque psychosocial et objectifs chiffrés.

Les salariés qui ont des objectifs chiffrés affirment ressentir plus de conflits éthiques et d’insécurité dans l’emploi

Plus de 40 % des salariés indiquent ne pas avoir, à un titre ou un autre, les moyens suffisants de faire correctement leur travail. Ils sont plus nombreux parmi ceux qui ont des objectifs chiffrés sans entretien individuel d’évaluation « cadré ».

En outre, le sentiment d’une « sécurité de l’emploi menacée » et celui « de vivre ou de s’attendre à vivre un changement indésirable dans la situation de travail » sont plus habituels pour les salariés qui ont des objectifs chiffrés.

Avoir des objectifs chiffrés à atteindre : un lien significatif avec la santé perçue

En moyenne, 17 % des salariés précisent avoir une santé altérée pour atteindre 23 % pour les salariés qui ont des objectifs chiffrés sans entretien d’évaluation « cadré ». De même, 6 % indiquent « être limités depuis au moins 6 mois à cause d’un problème de santé dans les activités que les gens font habituellement » et 10 % quand ils ont des objectifs chiffrés sans entretien d’évaluation « cadré ».

19 % des salariés qui n’ont pas objectifs chiffrés à atteindre sont victimes d’anxiété ou de dépression contre 22 % qui ont un entretien « cadré », 25 % dans le cas contraire où la probabilité de présenter des symptômes d’anxiété ou de dépression passe à 56 % par rapport à ceux qui n’ont pas d’objectifs chiffrés. Le danger est plus élevé (22 %) quand les objectifs chiffrés sont associés à un entretien d’évaluation « cadré ».

Les entretiens individuels d’évaluation avec « critères précis et mesurables » sont donc plus protecteurs vis-à-vis de l’exposition à des facteurs psychosociaux de risque.

Vous pouvez télécharger cette étude ici :

Pour toutes vos questions liées aux risques psychosociaux, les Editions Tissot vous proposent leur documentation « Risques psychosociaux » entièrement dédiée au sujet.

DARES Analyses, janvier 2015, n° 003 (pilotage du travail et risques psychosociaux)

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