Quel type de contenu souhaitez-vous chercher ?

Qualité de vie et des conditions de travail : que change le « C » dans QVCT ?

Publié le 22/04/2022 à 08:06 dans Risques professionnels.

Temps de lecture : 4 min

La qualité de vie au travail (QVT) est devenue la « qualité de vie et des conditions de travail » (QVCT). Cette nouvelle expression remplace la traditionnelle QVT dans le Code du travail depuis le 31 mars 2022. Une lettre supplémentaire, cela peut paraître peu mais elle pourrait bien être synonyme de changements plus importants qu’il n’y paraît. Comment interpréter ce changement ? Quel est l’impact sur l’action des employeurs ? Revenons ensemble sur les points essentiels.

De la QVT à la QVCT : les principes de ce changement

Si le terme QVCT n’est pas encore entré dans le langage courant de toutes les entreprises, il ne s’agit toutefois pas d’un simple changement de forme. Ce nouvel acronyme fait référence à un constat partagé par de nombreux spécialistes du sujet : la QVT a souvent eu tendance à être associée à des éléments périphériques ou à des actions « ludiques », décorrélées d’une réelle réflexion sur les conditions de travail des actifs. Les salles de sport, apéritifs entre collègues ou autres cours de méditation n’ont en effet pas grand impact lorsque certains enjeux essentiels du travail sont par ailleurs ignorés ou passés sous silence.

L’ajout du « C » pour conditions de travail vise ainsi à mettre en avant l’aspect central de la QVT, à savoir « le travail, les conditions de travail et la possibilité qu’elles ouvrent ou non de faire du bon travail dans une bonne ambiance », comme décrit dans l’accord national interprofessionnel QVT de 2013. Parler non plus de QVT, mais de QVCT, permet ainsi de ramener les actions de l'employeur vers des sujets qui ont un impact élevé sur la santé des salariés : les pratiques managériales, le système de reconnaissance, la gestion des carrières, la justice organisationnelle, le pilotage des transformations, les relations interpersonnelles, etc.

La QVCT en pratique

La QVCT nous rappelle avant tout l’intérêt de protéger la santé des salariés en agissant à la source du risque. En d’autres termes, il s’agit de co-construire avec les salariés une démarche mettant l’accent sur la prévention primaire. Plusieurs points sont ainsi à prendre en considération.

Mesurer la QVCT de manière régulière

Les actions QVCT se basent sur un diagnostic initial permettant d’évaluer la santé physique et psychologique des salariés, mais aussi d’identifier les facteurs de risque présents au sein de l’entreprise. Cette évaluation est réalisée sur la base d’une revue d’indicateurs pertinents et d’un travail d’enquête et d’interrogation systématique des salariés. Elle pourra servir à la mise à jour du document unique d’évaluation des risques (DUERP).

L’évaluation doit être reconduite de manière régulière afin d’apporter un suivi aux actions menées et de détecter les éventuels signaux faibles de mal-être individuel ou collectif.

Promouvoir une dynamique participative

La QVCT met également en avant la nécessaire participation des salariés, ainsi que leur capacité à s’exprimer et à agir sur leurs conditions de travail. Suite à la loi santé, la qualité des conditions de travail fait ainsi partie des thématiques de négociations obligatoires prévues par le Code du travail depuis le 31 mars dernier.

Par ailleurs, la structuration et le pilotage d’une action QVCT doit s’inscrire dans une démarche pluridisciplinaire et participative. L’objectif consiste à permettre, au sein du comité de pilotage, une représentation de l’ensemble des postes présents dans l’entreprise. Des groupes de travail pourront être constitués le cas échéant. L’enjeu est ici d’adopter une vision collective opérationnelle, en lien avec la santé au travail.

Adopter une démarche d’amélioration cadrée et continue

Depuis le 31 mars 2022, les règles d’évaluation des risques ont été revues. L’article L. 4121-3-1 du Code du travail mentionne notamment la nécessité d’utiliser les facteurs de risques identifiés pour déboucher :

  • sur un programme annuel de prévention des risques professionnels et d'amélioration des conditions de travail dans les entreprises d’au moins 50 salariés qui comprend un calendrier de mise en œuvre ;
  • sur la définition d'actions de prévention des risques et de protection des salariés dans les entreprises de moins de 50 salariés.

L’action QVCT doit donc désormais être cadrée, planifiée et suivie dans le temps.

Il est par ailleurs recommandé d’adopter une méthodologie « test & learn » pour faire évoluer et ajuster les actions mises en place. Procéder par logique d’expérimentation et d’évaluation régulière de la santé des salariés laisse une place intéressante à l’innovation et surtout, permet une flexibilité nécessaire en ces temps pour le moins incertains.

En résumé, ce passage à la QVCT nous incite à revenir aux fondements de la qualité de vie et de la santé au travail. Ce nouvel acronyme incite plus que jamais à la réflexion régulière concernant les conditions et le contenu du travail. Une réflexion qui se doit d’être au plus proche de la réalité du vécu des salariés. Que ce soit par la mise en place d’enquêtes régulières ou par l’instauration d’une dynamique participative, il est grand temps d’agir à la source de la souffrance professionnelle.

Pour une politique de prévention durable, les Editions Tissot vous conseillent leur documentation « RPS et QVT : le pas à pas d’une démarche à succès ».

4483

Nolwenn Anier

Docteure en psychologie - Consultante R&D

Docteure en psychologie, diplômée de l'université Clermont-Auvergne, Nolwenn a mené au cours de ses travaux de thèse différentes études ayant permis d'examiner la promotion de la diversité culturelle...