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Ramadan : comment prévenir les risques sur chantier ?

Publié le 13/04/2022 à 04:50 dans Risques professionnels.

Temps de lecture : 5 min

Le Ramadan 2022 a débuté le 2 avril et doit normalement s’achever le 2 mai. Certains salariés vont donc peut-être suivre un jeûne complet du lever au coucher du soleil. Cette abstinence présente des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs sur les chantiers, liés notamment aux efforts physiques répétés.

Les précautions à prendre par l’employeur pendant le Ramadan

L’employeur est responsable de la santé et de la sécurité des salariés sur les chantiers. Le Code du travail l’oblige à mettre en œuvre des moyens particuliers pour prévenir les risques identifiés (Code du travail, art. L. 4121-1).

Or pendant le Ramadan, le salarié est soumis à des risques supplémentaires pour sa santé, notamment à cause de la déshydratation. Il ne faut pas négliger également les risques liés à la sécurité, le mois du Ramadan étant une période de fêtes où les personnes dorment peu. Or la fatigue entraîne des baisses de vigilance.

Il est donc nécessaire d’informer les salariés des règles minimales à respecter pour assurer leur propre santé et sécurité :

  • réfléchir à aménager ou décaler les périodes de jeûne au regard de la difficulté du poste ;
  • respecter une hygiène de vie adaptée aux exigences du poste de travail, par exemple les heures de sommeil pour assurer la concentration des conducteurs d’engins ;
  • boire beaucoup d’eau juste avant la levée du jour et consommer des sucres lents (pâtes, riz, céréales, etc.) ;
  • se reposer pendant les pauses dans un lieu calme et frais.

Une des difficultés réside dans le fait que le suivi du Ramadan est un choix privé du salarié et qu’il n’a aucune obligation d’en informer l’employeur. Mais le salarié ne peut se prévaloir du suivi d’un jeûne pour justifier des erreurs ou le non-respect des cadences habituelles de travail. Sachant que l’employeur peut valablement le sanctionner, le salarié a donc tout intérêt à échanger en amont avec lui de la meilleure façon de concilier le jeûne et son travail.

Réaliser une communication générale sur la problématique du travail sous la chaleur, incluant les difficultés spécifiques du Ramadan, peut conduire les salariés concernés à venir d’eux-mêmes échanger avec l’employeur. Cela sera l’occasion de réfléchir ensemble à d’éventuelles adaptations de leurs conditions de travail.

Attention

Une liste des postes à risque doit être réalisée dans votre entreprise. Pour les salariés suivant le Ramadan et occupant un poste à risque, une attention particulière doit être apportée à l’information sur les risques et les précautions à prendre. A défaut, en cas d’accident, la responsabilité de l’employeur sera engagée.

Adapter les conditions de travail sur chantier pendant le Ramadan

Plusieurs possibilités existent afin de limiter au maximum la pénibilité accrue du travail pour les salariés réalisant le Ramadan. Leurs mises en œuvre dépendent de la nature du chantier, du poste du salarié, du lieu d’exécution ou du nombre de salariés présents. Sachant que cette année encore il faut également tenir compte des impératifs liés à la crise sanitaire et du respect de gestes barrières.

Une pratique habituelle correspond à réaffecter les salariés sur des postes moins exposés aux risques. Sur un chantier de peinture en intérieur et en extérieur, il paraît opportun de faire travailler le salarié en priorité en intérieur en cas de chaleur. Un roulement entre les salariés permet de limiter l’exposition aux facteurs principaux de pénibilité.

L’organisation du travail sur le chantier doit aussi être pensée de façon à éviter que le salarié soit isolé. La présence en permanence d’un collègue assure une réaction rapide en cas de survenance d’un accident ou d’un malaise du salarié. Le collègue peut aussi veiller à ce que le salarié dispose toujours de sa lucidité et de sa concentration. Il pourra immédiatement prévenir l’employeur s’il constate que le salarié est dans un état physique pouvant entraîner un risque grave et imminent pour sa santé et celle des autres personnes présentes sur le chantier.

N’hésitez pas à prendre contact avec le médecin du travail pour recueillir des conseils adaptés à vos métiers. Si l’employeur estime que l’état de santé du salarié ne lui permet pas de tenir son poste de travail, il peut aussi demander au médecin du travail de le recevoir afin de juger de son aptitude.

Enfin, l’employeur doit respecter les règles relatives aux abris de chantier prévues à l’article R. 4534-142-1 du Code du travail. Et notamment s’assurer que les salariés ont accès à un point d’eau. Si le salarié suivant le Ramadan ne pourra pas boire cette eau pendant ses heures de travail, il pourra néanmoins s’en servir pour rafraîchir son corps.

Réfléchir aux temps de travail

Avec l’accord du salarié, il est envisageable de modifier son temps de travail pendant la durée du Ramadan. Réduire le temps de travail sur la base d’un mi-temps est une première piste de réflexion. Néanmoins, cela entraîne une baisse temporaire de la rémunération du salarié, réduisant les chances d’un accord sur le sujet.

Adaptation plus simple à mettre en œuvre, réduire le temps de pause du midi. En passant en journée continue, on réduit l’amplitude du temps de travail et on permet au salarié d’aller se reposer plus tôt à son domicile. Il faut quand même respecter au moins la règle des 20 minutes de pause toutes les 6 heures de travail consécutives (Code du travail, art. L. 3121-16).

Enfin, décaler les heures de travail reste une bonne pratique si elle est possible. On peut ainsi prévoir de commencer la journée de travail plus tôt pour limiter les impacts de la chaleur. Cela nécessite de vérifier l’accessibilité du chantier à ces horaires, l’organisation avec les autres corps de métier et les transports des salariés. Des désaccords peuvent intervenir entre les salariés suivant ou non le Ramadan. C’est alors à l’employeur qu’il incombe de trancher et de fixer les horaires de travail.