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Remobiliser après un PSE : solder les dettes émotionnelles et relationnelles

Publié le par dans Risques professionnels.

Les plans sociaux génèrent des situations difficiles sur le plan relationnel et peuvent cristalliser des tensions du passé, menaçant la cohésion des équipes sur laquelle repose pourtant la pérennité de l’entreprise. A défaut de pouvoir empêcher la survenue de conflits, nous avons tout intérêt à accompagner leur résolution. Interview avec Arnaud Bornens et Nicolas Matthieu, coachs spécialistes des relations au travail.

De quelle manière un plan social retentit sur les relations interpersonnelles ?

NM : Dans notre monde, pour être en lien, il faut être en dette. Il faut recevoir et donner. Ce constat nous vient de l’anthropologie, avec les travaux de Marcel Mauss notamment. Prenons un exemple. Je veux une baguette. Je donne 1 € à ma boulangère. On est quitte. On se quitte. Rien ne m’oblige à revenir demain.

AB : Au contraire, c’est la dette mutuelle qui permet à la relation de durer : je rends un service en contrepartie d’une rémunération. Or, lors d’un PSE, on peut entendre les salariés dire : « J’ai été là des week-ends, j’ai pris des responsabilités qui n’étaient pas les miennes et voilà comment on me remercie ». Quelque chose a été rompu au-delà du pur contrat de travail. Le récit d’une dette non soldée s’installe.

NM : Pour les personnes qui restent dans l’entreprise, une renégociation relationnelle va être nécessaire. Un travail de deuil devra s’opérer car ce ne sera plus la même chose avant et après. Et à chaque deuil se pose la question de l’héritage, de la répartition de la dette. Certains auront un sac à dos de dettes plus chargé que d’autres. La jalousie et le ressentiment peuvent conduire à faire payer le N+1, le N-1 ou les collègues.

Pourquoi ces vécus négatifs sont-ils reportés sur les collègues ?

AB : Si certains salariés entament des procédures judiciaires contre l’employeur, pour la plupart, le plus simple est de reporter la responsabilité sur le département voisin qui n’était pas si performant, la direction locale voire les élus qui ont mal négocié. Mieux, les RH qui portent les mauvaises nouvelles et qui jouent alors leur rôle de bouc émissaire.

NM : Dans les années 80, la révolte liée aux plans sociaux était canalisée par des luttes sociales. Mais avec l’individualisme ambiant, elle ne peut plus s’exprimer sous la même forme. Nous ramenons la charge du conflit à un niveau individuel, nous l’envisageons comme une pathologie alors qu’il s’agit de l’expression normale d’une relation qui a besoin d’être régulée.

Comment accompagner l’apaisement de ces inévitables tensions ?

AB : Pour apurer les dettes du passé et traverser le deuil, la solution consiste à mettre en place des rituels qui permettent le passage. Dans tout système relationnel, le rituel structure les passages d’un état A à un état B. Avec nous autres intervenants extérieurs, cela va prendre la forme de séminaires, d’ateliers, etc. Ce qui compte, c’est le processus plutôt que le résultat. Le « comment dépasser le problème » plutôt que « le pourquoi du problème ».

NM : Pour aider les salariés à traverser ce deuil, on peut les interroger ainsi :

  • quel était ton rêve ?
  • s’est-il déjà réalisé ?
  • que reste-t-il à réaliser aujourd’hui ?
  • qu’est ce qui ne se réalisera pas ?

Ces questions peuvent paraître simples, mais elles permettent d’initier un cheminement.

Retrouvez la suite de cette interview dans ce livre blanc :

Remobiliser après un PSE : solder les dettes émotionnelles et relationnelles (interview intégrale)


Arnaud Bornens a exercé le métier d’avocat au barreau de Paris et accompagné de nombreuses restructurations dans le monde de l’industrie avant de devenir coach. Il enseigne aujourd’hui l’approche systémique stratégique du changement au sein des organisations à la Sorbonne et au sein de Fabulous Systemic Learning, l’école de formation du cabinet Everswing dont il est fondateur avec Nicolas Mathieu.
Nicolas Mathieu a commencé sa carrière en créant deux sociétés dans le domaine du conseil et des systèmes d'information puis en dirigeant les opérations d’un groupe de marketing international et de conseil avant de devenir coach. Il enseigne l’approche systémique notamment à l’université de Vincennes/Saint-Denis (Paris 8) et au sein de FSL.
Ils sont co-auteurs de l’ouvrage La logique de l'acouphène - Petit traité de développement relationnel (Editions Enrick B.)