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RPS : Reprendre Pied Sereinement

Publié le par dans Risques psychosociaux.

Que ce soit dans le cadre de l’entreprise ou dans la vie privée, la sophrologie va permettre aux personnes en souffrance de réinvestir leur corps et renforcer la confiance en soi. Afin de matérialiser le propos, nous vous proposons de nous arrêter sur trois cas, deux femmes, un homme, que nous appellerons Anne, Béatrice, Christian.

La première, Anna, âgée de 45 ans, travaille en tant qu’aide-soignante auxiliaire dans une clinique privée. La souffrance présentée s’exprime par une fatigue générale et des douleurs physiques importantes, surtout au niveau des épaules. Elle est rapidement au bord des larmes lorsqu’elle s’exprime sur le sujet, la voix saccadée et chevrotante.

Béatrice, également âgée de 45 ans, est en reconversion pour devenir conseillère en insertion professionnelle. Son examen est dans six mois. Elle présente une émotivité à fleur de peau. Séparée de son compagnon depuis quelques mois, elle a perdu confiance en elle et fait part d’une sensation d’oppression, de crises d’angoisse, d’un sommeil dérèglé, d’une prise de poids en quelques mois et d’aménorrhées. La tristesse est posée sur l’ensemble de son corps.

Perfectionniste, discipliné, Christian a changé plusieurs fois de poste. Débauché par une nouvelle entreprise, il performe jusqu’à un certain point où submergé par trop de travail, il subit un amaigrissement important. Stress et clash s’ensuivent.

Un cabinet le prend en charge et le fait changer d’entreprise. Pendant quatre ans, Christian occupe un poste de cadre dans une grosse société aéronautique, en tant que responsable méthodes. A la logistique, il restructure l’ensemble du fonctionnement et fait preuve d’une activité intense en dehors du travail : sport, danse, randonnée, etc. Il doit de nouveau faire face à une surcharge de travail, conjuguée à une perte de contrôle sur les décisions.

Après une grosse dépression, il tente de reprendre le travail mais rechute après deux mois. Actuellement en arrêt complet depuis cinq mois, il est suivi par un psychiatre-psychologue.

Trois personnes, trois individualités différentes, quelques symptômes similaires mais surtout trois êtres malmenés jusqu’à la rupture.

Les trois parlent de vide intérieur, de l’impossibilité de projection positive.

Elles se définissent toujours par rapport à leur vécu et vont rechercher dans leur passé des références d’être. Le présent est subi, douloureux, l’avenir peu rayonnant.

Réapprendre à marcher

Le premier pas que nous allons chercher à faire ensemble est juste d’accepter de penser la seconde suivante et la vivre pour ce qu’elle sera, ce qu’elle est : présente par une présence à soi.

Toutes sont des personnes à l’arrêt, y compris Béatrice en reconversion car elle n’est pas actrice dans ce changement mais dépassée.

Il faut presque réapprendre à marcher avec tous les risques que cela suppose.

Marcher est une suite de pertes d’équilibres. Ce défi que nous sommes capables de nous lancer quand, à peine âgés d’un an, nous commençons à nous tenir debout. Malgré plusieurs essais infructueux à l’image du célèbre poème “If“ de Kipling nous nous relevons et repartons.

Cette force, nous l’avons en nous, toujours présente. Le but : faire qu’elle remonte à notre conscience. L’objectif à atteindre : la ressentir toujours présente. Se ressentir soi pour reprendre sa marche avec ses propres pas.

La première séance consiste ainsi à créer cet espace dans lequel on puisse se laisser aller à se ressentir par soi-même. Il faut créer sa parenthèse de lieu et de temps où tout jugement suspendu, l’on prend conscience de son être par la simple respiration corporelle.

On enclenche toujours la montée d’un escalier par la première marche. Elle est déterminante pour ancrer au plus profond de chacun la conviction qu’il existe une possibilité d’être et de vivre.

Permettre un présent respirable sans suffocation : ainsi la parole, sans être libérée totalement  de toutes les scories, est cependant facilitée et l’expression plus aisée.

Anna explique alors plus en détails son vécu.

Elle est en fait victime de harcèlement moral par une soignante titulaire, à en devenir son souffre douleur.

Le malaise est tel que, dès le dimanche midi, Anna ressent des tensions physiques (principalement au niveau des épaules) et son sommeil est perturbé.

Les jours de repos de la soignante sont pour l’ensemble de l’équipe des jours plus sereins et Anna vit alors son travail correctement.

Cette personne semble faire figure d’autorité dans l’institution au point que la hiérarchie n’ose pas la reprendre sur son comportement agressif, qui s’exprime de façon exacerbée envers Anna.

Anna aime son métier mais son quotidien est devenu invivable, un acte de survie dans ce milieu. Elle ne peut changer l’autre en tant que personne mais peut-être changer sa relation à l’autre.

Dès qu’elle se trouve en présence de sa « tortionnaire » ou qu’elle sait devoir la croiser au détour d’un couloir, elle est en tension, se sent sans force et sans voix, dans l’incapacité de s’affirmer.  L’image, l’estime de soi sont à chaque fois un peu plus rabaissées.

L’élaboration doit commencer au présent. L’axe sophrologique va être de reconquérir de la force d’appui.

Reconstruire sa propre image, récupérer sa dignité abandonnée et refaire autorité sur son travail.

Au cours des séances suivantes, Anna travaille sur un ressenti corporel positif ; un corps relâché dans le plaisir d’être simplement détendu et non plus expérimenté que dans la souffrance.

Par quelques mouvements synchronisés à sa respiration, elle élabore la notion de densité corporelle et son pouvoir d’agir.

Il n’est possible de peser sur les choses que si le « on » prend corps.

Elle renforce son présent vécu.

Dès lors, elle peut se projeter dans les situations aussi bien agréables que désagréables avec la capacité pour les secondes de les remettre à leurs justes dimensions.

Que ce soit pour Anna, Béatrice ou Christian, pour chacun l’élaboration doit commencer au présent.

Créer rapidement la ressource intérieure. Faire en sorte que l’être se ressente dans le positif, ne s’éparpille pas dans le méandre des pensées négatives et douleurs physiques associées.

« Il est impossible d’éviter les oiseaux de mauvaises augures de passer au-dessus de nos têtes mais il est possible  d’éviter qu’ils n’y fassent leur nid ».

Malgré tout ce qui se passe, acquérir la faculté de suspendre l’instant pour vivre pleinement de l’intérieur et ouvrir vers l’extérieur.

La première étape franchie, la création de l’espace bulle de ressource, il va être nécessaire de le faire grandir. Une règle essentielle de réussite est ce qui est communément appelé en sophrologie “la loi de répétition vivantielle“ : la minute perçue comme agréable au cours de la séance, il faut la répéter en s’entrainant dans son quotidien, en des brefs retours sur soi  mais aussi en reprenant totalement la séance.

Reconnaitre l’état de bien être

Si nous avons la capacité de détecter le moindre mal de tête nous ne savons pas reconnaître la plupart du temps quand nous avons « bon à la tête ». L’état de bien être est pour nous un état normal auquel nous ne faisons plus attention et nous nous apercevons simplement de son existence lors de son absence.

Quand la personne est désarçonnée elle peut plus ou moins rapidement se remettre en selle. A l’image de la hauteur de la chute on substituera le temps d’exposition au stress vécu et l’amenuisement des ressources.

Plus le temps stressant est long, plus l’impact sur soi sera important et plus le mal-être s’installe. La comparaison peut se faire avec une exposition prolongée au froid, où l’engourdissement peut aller jusqu’à l’hypothermie et l’impossibilité de réagir.

Quand une spirale descendante est enclenchée l’ensemble des réalités est faussé.

Il est de plus en plus en plus dur de sortir d’un type de fonctionnement et l’on devient prisonnier de son propre regard. Toute situation ne se vit qu’à travers  le prisme dévoyé de cette réalité tronquée. Le champ des possibles est restreint.

Par le travail sophrologique sur les postures, debout ou assis, conscience tournée vers soi ou vers l’extérieur, le sujet dégage les limites qu’il a peu à peu posées.

Prenons le cas de Béatrice. Béatrice, pourtant en mouvement, en formation depuis quelques mois, ne se sent plus capable d’aller au bout. Le doute est là et elle n’a plus conscience du chemin parcouru (déjà six mois de reprises d’études et des résultats encourageants).

La sortie pour elle est de prendre justement conscience qu’elle est active, maitresse du changement engagé. Avant de l’orienter sur la réussite de l’examen qu’elle doit passer, il lui faut prendre conscience qu’elle marche de nouveau tête droite et que les difficultés sont externes.

Un axe fondamental ? De ne plus incorporer le stress, de mettre à distance.

En revenant toujours sur cette idée de bulle de bien être, on augmente la sensation en expurgeant tout le négatif, en mettent la situation dérangeante à l’extérieur de soi, devant soi. Le but recherché est de regarder sous un autre angle afin de trouver ses solutions.

Béatrice va prendre conscience qu’elle est en devenir et qu’elle possède les cartes en mains. Elle prend plaisir au challenge de réapprendre et ne se focalise plus juste sur l’obtention de l’examen.

Les marcheurs savent qu’il est bon de jouir de la marche plutôt que de ne se réjouir que de l’arrivée.

Béatrice transforme son regard : l’examen, d’obstacle, devient en fait un pôle d’attraction, juste une envie d’y être pour valider le trajet accompli.

Christian, lui, va rebattre les cartes différemment : il comprend son parcours jusqu’à présent et reconnaît une certaine fragilité sous la pression.

Conscient de son potentiel, il réoriente sa carrière avec l’accord de son entreprise au sein d’un département différent de la logistique. Le poste occupé, tout en comportant des responsabilités, ne le laisse pas seul à devoir prendre des décisions. Il obtient l’équilibre entre l’autonomie qu’il aime dans le travail mais sans l’intégralité des conclusions dont le poids est devenu trop lourd pour lui.

Les résonnances rencontrées dans ce travail sont bien sûr liées à chaque vécu.

La stimulation  est nécessaire à la vie mais des doses trop fortes de stress peuvent d’un coup stopper une trajectoire. Il est souhaitable de se poser de temps en temps, de relâcher profondément le corps et l’esprit afin de retrouver son harmonie et aussi réactiver toutes ses forces, toutes les énergies pour participer à son propre devenir mais aussi à l’avenir de son entreprise.

La performance que recherche toute entreprise, à l’instar du sportif, est liée à la capacité de remise en question. Mais le sportif doit  avoir son questionnement à l’entrainement et non en compétition. Car ce jour-là,  il n’y a lieu que de performer avec les moyens du moment.

Quelle est pour le salarié la temporalité compétition /entrainement ? Existent-ils des moments tels les  temps morts du sport qui sont en faits très actifs par leur contenu rythmant ; récupération physique, analyse, remobilisation et projection ?

La carrière d’un sportif est toujours en pointillée calquée sur des objectifs à courts, moyens et longs termes. Quid de la carrière d’un salarié ?

Pour accompagner au mieux les salariés de votre entreprise, inscrivez-vous à la formation des Editions Tissot « Formation risques psychosociaux : repérez les souffrances au travail et accompagnez les salariés fragilisés » qui aura lieu le 30 juin prochain.

Olivier Fernandes,
Sophrologue (64000 Pau)

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