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Santé et sécurité : les enjeux post-covid selon l’INRS

Publié le 09/02/2022 à 07:21, modifié le 11/02/2022 à 09:17 dans Sécurité et santé au travail.

Temps de lecture : 6 min

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Le Covid-19 a bouleversé le monde du travail. L’amélioration de la situation sanitaire amène à s’interroger sur l’organisation des entreprises dans l’ère post-covid. L’INRS a identifié des facteurs susceptibles d’influer sur l’évolution des risques professionnels et leur prévention dans les 5 années à venir. Autant d’éléments qui peuvent être intégrés dans la réflexion de sortie de crise des entreprises.

L’utilisation des technologies comme outils de communication et de travail collectif et d’automatisation de la production (industrie et tertiaire)

Le Covid-19 a accéléré des transformations du travail qui avaient déjà débutées notamment :

  • le déploiement massif d’outils de visioconférence avec le fort recours au télétravail ;
  • le fort développement de l’e-commerce sous des formes très variées (livraisons à domicile, retrait en magasin ou en casier, etc.) ;
  • le recours aux téléconsultations dans le domaine de la santé.

Un grand nombre de scénarios envisagés par l’INRS dans ses travaux conclut que le recours aux technologies de l’information et de la communication (TIC) va s’accroitre encore au cours des années à venir.

L’essor des TIC est toutefois associé à un certain nombre de risques professionnels :

  • des risques psychosociaux (RPS) liés notamment à une déshumanisation des relations de travail, à un délitement des collectifs de travail, à une perte de sens du travail, à un manque de formation des managers et à une inadaptation des outils et procédures ;
  • des accidents associés au développement de l’e-commerce, notamment dans le transport et la logistique qui peuvent générer des chutes, des risques mécaniques, routiers, etc., mais aussi des troubles musculosquelettiques (TMS) résultant d’un défaut de maîtrise des outils utilisés, ou de rythmes de travail trop élevés ;
  • des risques liés à la sédentarité et au travail statique.

Mais en favorisant le travail à distance, les TIC réduisent les risques liés aux déplacements.

L’INRS considère ainsi qu’une utilisation concertée des TIC, adaptée à chaque entreprise en fonction de ses particularités, peut contribuer à préserver la santé et la sécurité des travailleurs. Ce sont en effet des outils très efficaces dans le partage de l’information, le travail collaboratif et l’enrichissement des tâches. Pour cela, l’organisation du travail doit tenir compte du travail réel et des modifications que l’utilisation des TIC induit, afin qu’elles soient utilisées pour faciliter l’activité des travailleurs.

Les modes d’organisation du travail, en particulier les horaires de travail, les modalités de prescription des tâches ou l’agilité

L’INRS a identifié des paramètres dans les organisations du travail susceptibles de générer des risques professionnels, et en particulier des RPS. C’est notamment le cas des horaires atypiques, des difficultés à concilier vie professionnelle et vie personnelle, ou encore de l’intensification du travail.

Ces risques sont aggravés dans le cadre du travail à distance, qui entrave le rôle de soutien social joué par le collectif et qui peut inciter à l’utilisation d’outils permettant notamment de contrôler le travail à distance.

Les conditions de télétravail sont par ailleurs plus souvent défavorables aux jeunes travailleurs, aussi bien sur le plan matériel (logement inadapté) que sur le plan professionnel (isolement, déficit de réseau et de tutorat, etc.).

Mais les catégories de travailleurs plus âgés peuvent également rencontrer des difficultés d’adaptation aux nouvelles technologies. Et des inégalités de genre peuvent également être caractérisées.

La préservation de collectifs de travail

Le travail à distance, le fractionnement des carrières, et la volonté de substituer une relation directe et individuelle à une intermédiation via les instances représentatives du personnel (IRP) ont, entre autres, un effet délétère sur les collectifs de travail.

Pour autant, les TIC peuvent aider à synchroniser les collectifs de travail, à assurer le partage des connaissances et à contribuer à la création de solidarités à une autre échelle. De nouveaux collectifs se créent, notamment par le biais des réseaux sociaux et de forums d’échange.

Au-delà de l’absence de rencontres physiques liée à la crise sanitaire, le recours croissant aux TIC et les volontés de certaines entreprises d’individualiser leur relation avec leurs employés peuvent constituer autant d’obstacles à l’intégration des nouveaux embauchés dans les collectifs.

Cela représentera sans aucun doute un enjeu important de l’après-crise : les collectifs de travail ont un rôle important à jouer dans la prévention des risques professionnels, y compris pour éviter des conflits de générations, liés à des approches différentes du travail.

La maîtrise des interfaces de travail

La gestion des interfaces entre les différents acteurs d’une chaîne de valeur revêt une importance toujours croissante pour la production. Plusieurs facteurs ont contribué à la complexifier ces dernières années : la multiplication des statuts professionnels, l’absence de temps accordé aux apprentissages, le rythme d’automatisation, l’éloignement des centres de décision du terrain, ou encore la mise à mal des collectifs de travail.

La maîtrise de ces interfaces constitue un enjeu très fort pour la prévention des risques professionnels, parce qu’elle permet d’éviter les accidents, les expositions chroniques ou aiguës à des polluants, les postures contraignantes, etc.

Cette maîtrise implique qu’une réflexion soit menée sur toutes les activités et sur leur phasage, et qu’elle dépasse les aspects prescrits pour considérer également le travail réel, la communication formelle et informelle, l’adaptation et appropriation par le collectif de la prescription du travail.

Le danger est de voir apparaître des lieux d’interaction où les risques liés à la coactivité sont importants, mais où les responsabilités de chacun ne sont pas clairement identifiées ou définies. Elles nuiraient à la mise en œuvre d’une prévention efficace (avec par exemple, un retour insuffisant sur les incidents, un défaut d’enregistrement des expositions professionnelles, un manque de transparence des actions menées ou envisagées, etc.).

Conclusion : les impacts sur la politique de prévention et ses acteurs

La crise sanitaire ne semble pas avoir fait apparaître de nouveaux risques professionnels. Elle a cependant accéléré le développement de situations de travail potentiellement délétères ou de technologies insuffisamment maîtrisées. Cela va constituer un vrai défi pour les différents acteurs de la prévention des risques professionnels dans les mois et les années à venir selon l’INRS.

Ils devront adapter leurs pratiques, en vue d’atteindre efficacement leurs objectifs de prévention des risques professionnels.

Pour en savoir plus sur les principaux enjeux en santé et sécurité au travail propres à certains risques, secteurs d’activité ou thématiques, vous pouvez télécharger ci-dessous le rapport de l’INRS.

Quelles évolutions du travail dans les cinq prochaines années ?

Nous vous recommandons également de consulter notre documentation « Obligations et bonnes pratiques en santé sécurité au travail » pour assurer la prévention des risques au sein de votre entreprise.


INRS, revue Hygiène et sécurité du travail n° 265, Quels enjeux de santé et de sécurité dans les organisations du travail post-covid, décembre 2021

Amélie Gianino

Juriste en droit social et rédactrice au sein des Editions Tissot