Santé & sécurité

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Tabac, vapotage et addictions

Publié le par dans Risques professionnels.

Selon le Ministère de la santé, chaque année, le tabac tue 78 000 personnes. La lutte contre le tabagisme (actif et passif) est donc un enjeu de santé publique depuis plusieurs décennies car il représente un coût important pour la Sécurité sociale mais également pour les employeurs à travers les « pauses cigarettes » et les arrêts maladie. Mais pourquoi fume-t-on ? Une addiction peut-elle en entraîner une autre ?

La liberté individuelle réduite pour préserver la santé

Selon les calculs de deux épidémiologistes ayant publié une étude dans The European Journal of Public Health, le cancer est la première cause de décès des fumeurs (47 000 morts). Viennent ensuite les maladies cardiovasculaires (20 000 morts) et respiratoires (11 000 morts). Si les décès masculins ont baissé en 30 ans (passant de 66 000 à 59 000), les femmes, entrées dans le tabagisme postérieurement, payent un tribut de plus en plus lourd (19 000 morts contre 2700).

En France, la lutte contre le tabac débute en 1976 avec la loi « Veil » et ne cesse de se renforcer : loi « Evin » (1991), loi interdisant de fumer dans les lieux publics (2006), images « choc » sur les paquets de tabac (2011) et bien sûr hausse régulière des prix (en moyenne : 3,20 euros en 2000 et 6,50 euros en 2015).

La loi du 15 novembre 2006 a eu des conséquences notables pour les salariés. Elle interdit, depuis 1er janvier 2007, de fumer dans les lieux dits à usage collectif, c’est-à-dire les lieux fermés ou couverts accueillant du public et les lieux de travail.

Dans les entreprises, des espaces réservés aux fumeurs peuvent être aménagés mais le projet doit être soumis à l’avis du CHSCT ou à défaut, des délégués du personnel et du médecin du travail. L’employeur qui ne respecte pas les obligations prévues (affichage de l’interdiction de fumer, création d’un espace « fumeurs » non conforme) ou favorise la violation de l’interdiction risque une amende de 750 euros.

Compte tenu de l’interdiction de fumer dans les locaux de l’entreprise, les « pauses cigarettes » à l’extérieur se développent.

Si aux Etats-Unis, certains employeurs refusent d’embaucher des fumeurs ou licencient des salariés refusant d’arrêter de fumer, il faut rappeler qu’en France, cette attitude est considérée comme discriminatoire car fumer relève du domaine privé. 

Le tabagisme en entreprise

Si les chiffres diffèrent, toutes les études s’accordent sur le coût important des pauses cigarettes. Certains pays ont tenté d’estimer le coût au niveau national : en Finlande, selon le professeur Kari Reijula, les pertes financières s’élèveraient à près de 16,6 millions d’euros tandis qu’en Grande-Bretagne (étude NHS de 2010) elles seraient de 2,3 milliards d’euros. Une étude américaine de l’Université de l’Ohio (2013) a estimé le coût des pauses cigarettes à 2350 euros par employé et par an. C’est vrai qu’à raison de 10 minutes de pause par cigarette (enquête française du CSA, 2009), le coût d’un gros fumeur peut être important, surtout quand on y ajoute les retards chroniques et les arrêts maladie.

La cigarette électronique (ou e-cigarette ou « vaporette ») est-elle la solution miracle ? Pour éviter les pauses à l’extérieur, oui, à moins que l’entreprise n’ait décidé d’en interdire l’usage via son règlement intérieur si le vapotage est incompatible avec l’activité. Néanmoins, si cela peut être un moyen efficace de sevrage pour certaines personnes et si les médecins reconnaissent que « c’est un moindre mal », il y a encore des inconnues sur les arômes utilisés et la qualité des produits.

Vapoter au travail, surtout quand le bureau est partagé, peut incommoder certains collègues à cause des arômes. En outre, la vapeur rejetée contient des composés organiques volatiles (COV), il est donc important d’aérer régulièrement… ce qui n’est pas toujours faisable, ni fait.

Si certains utilisateurs considèrent que l’interdire est « une hérésie puritaine », la gestuelle peut inciter les jeunes (apprentis, stagiaires) à fumer. Même s’il n’est pas prouvé que la « vaporette » soit une porte d’entrée des jeunes vers le tabac, 30 % l’ont essayée.

Le sort de la « vaporette », semble toutefois scellé puisque le projet de loi de santé, en cours d’examen au Parlement, interdit son usage dans « les lieux de travail fermés et couverts à usage collectif ». Une mesure prise au nom du principe de précaution et de la protection de la santé publique.

Pourquoi fume-t-on ?

À côté de la cigarette plaisir (à la fin d’un bon repas), du fumeur occasionnel (en week-end, en soirée, entre amis) et du fumeur régulier (par habitude), il y a également le fumeur « compulsif » qui fume pour tenter de contrôler son stress. Le JDD a interrogé des fumeurs du quotidien pour connaître les raisons de leur tabagisme : l’enquête révèle que la cigarette est un moyen répandu de gérer le stress. Elle est utilisée par l’étudiant lors de ses examens, le jeune salarié ou le cadre commercial. Bref, personne n’échappe au phénomène, même les chômeurs !

« Pratiquement 50 % des chômeurs sont fumeurs et à l’évidence la crise, l’augmentation du chômage, ont eu un effet sur l’augmentation de la consommation du tabac » expliquait Roselyne Bachelot en 2010. L’INPES précise que vivre seul, être triste ou déprimé peut également accroître la consommation de tabac et d’autres produits addictifs (alcool, drogues).

L’étude INPES révèle que la consommation de tabac a augmenté de 1,8 % en France entre 2005 et 2010 alors qu’elle baissait depuis 20 ans. Si le tabagisme des étudiants se maintient, celui des travailleurs s’est accru et parfois fortement : chez les employés on est passé de 30 à 36 % de fumeurs, chez les agriculteurs de 15 % à 20 %, chez les artisans, commerçants et chefs d’entreprise de 37 % à 40 % et les ouvriers de 44 % à 47 %. Le tabagisme reste en revanche assez stable chez les professions intermédiaires (de 29 % à 30 %) et diminue très légèrement chez les cadres (de 26 % à 25 %).

Doit-on y voir un lien avec la dégradation de la situation économique, l’augmentation de la pression et du stress dans les entreprises ? Ou les politiques de prévention ont-elles tout simplement atteint leurs limites ?

Les salariés français sont plus stressés que leurs homologues européens

C’est ce que révèlent les enquêtes européennes : 70 % des salariés français sont stressés contre 58 % en moyenne en Europe. Or les études prouvent que le stress contribue à accroître le nombre de cigarettes fumées : le tabac est un anxiolytique qui permet de « tenir le coup ».

Paradoxalement, le tabac ne permet pas réellement de réduire le stress, il ne fait que réduire les effets du « manque » de nicotine. Bref, plus les fumeurs ont le sentiment de réduire leur nervosité en fumant, plus ils fument, et plus ils fument, plus il est difficile d’arrêter de fumer. C’est un cercle vicieux… et l’effet conjugué du stress et du tabac constitue un cocktail explosif pour la santé. Le stress peut causer un infarctus du myocarde tandis que le tabac peut provoquer cancers, maladies cardiovasculaires mais aussi déficit immunitaire.

Pour rester performant malgré la pression ou la surcharge de travail, certains abusent de la cigarette, du café ou des boissons énergisantes, d’autres peuvent être tentés de passer à des produits « dopant » beaucoup plus nocifs pour la santé.

Une étude récente de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et conduites addictives (Mildeca) attire l’attention sur ce phénomène. Selon l’enquête menée, 91 % des dirigeants et représentants du personnel déclarent que les salariés de leur structure consomment « au moins un produit psychoactif » (alcool, tabac, cannabis, etc.). Chiffre plus alarmant, la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) indique que près de 10 % des salariés français auraient recours à des drogues.

Il serait pertinent de sensibiliser tous les salariés à ces problèmes afin que les conduites addictives puissent être détectées de manière précoce pour orienter les personnes vers la médecine du travail, un centre spécialisé ou les inciter à consulter leur médecin traitant.

Pour prévenir les conduites addictives et engager le dialogue sur le sujet, les Editions Tissot vous proposent leurs « Dépliants conduites addictives ».

Cindy Feix 
Auteure du blog « Travail et qualité de vie »

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