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Tirer parti du silence pour nourrir la communication

Publié le 20/07/2022 à 06:14 dans Risques psychosociaux.

Temps de lecture : 4 min

Le silence a mauvaise réputation dans les entreprises. On le soupçonne d’être le signe de non-dits, de sentiments négatifs qui ne s’expriment pas ou d’intentions volontairement conservées secrètes. Pourtant, le silence peut enrichir la communication.

Quand le silence se fait rare

Les ateliers participatifs sont plébiscités pour encourager l’expression des salariés. Lorsque l’atelier se passe bien, les échanges fusent, quasiment systématiquement ponctués d’un « je suis tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être dit ». C’est ce que suggèrent les conversations sans temps morts : un alignement des pensées et des émotions des uns et des autres, stimulant (ou simulant) un sentiment d’appartenance rassurant.

A l’inverse, dans les réunions de CSE notamment, le débat peut être houleux. Les participants se coupent la parole et se contredisent mutuellement. Ceci leur procure un sentiment d’action et leur renvoie une image positive d’eux-mêmes, et ce d’autant plus que ces acteurs estiment défendre une cause ou des valeurs justes.

Mais ces réunions génèrent souvent de l’insatisfaction. Les participants les déclarent improductives, estimant qu’elles se font au détriment d’une réflexion approfondie et donc d’une prise de décision efficace.

On ne peut pas ne pas communiquer

Tout échange comporte deux versants :

  • le contenu, c’est-à-dire le sens du message ;
  • la relation, qui influence toujours la compréhension dudit message.

Prenons l’exemple de deux collaborateurs ayant rendez-vous à 14h. Si le premier déclare : « il est 14h00 », le second pourrait le recevoir comme une invitation ou bien comme une accusation, et ce en fonction de leurs expériences communes passées et de leur degré d’affinité.

Il en va de même pour les moments de silence. Selon la relation que nous entretenons, le silence peut être vécu avec gêne, amusement ou impatience. Même sans parler, nous communiquons. Aussi le silence peut permettre d’agir subtilement sur la dynamique de la relation.

Comment tirer parti du silence ?

Le silence peut bénéficier aux échanges collectifs :

  • les réunions de type « brainstorming » ou « résolution de problème » : les temps de silence permettent aux participants non seulement de laisser murir leurs idées, mais encore de sélectionner les propositions émises en vue d’une prise de décision. L’animateur a donc tout intérêt à ponctuer la réunion de temps de silence, en demandant aux personnes de rédiger avant de s’exprimer par exemple, ou encore en effectuant des réunions successives de 30 minutes espacées de quelques jours ;
  • les instances de dialogue social : ces réunions sont malheureusement souvent parasitées par une défiance mutuelle entre les représentants du personnel et la direction, la relation prenant largement le pas sur le « contenu » du message. Voici un exercice simple à réaliser le cas échéant : à chaque fois qu’un interlocuteur termine une déclaration ou une question, tout le monde doit observer 3 secondes de silence avant d’y répondre. Celui qui n’aura pas respecté la règle devra passer son tour. Un animateur sera en charge de l’arbitrage. Un nouveau protagoniste remplira ce rôle à chaque nouvelle réunion. Cet exercice permet de réagir non pas à partir de ce que l’on croit avoir compris, mais bien en s’efforçant de répondre au contenu du message.

Enfin, le silence peut être utile dans le cadre d’entretiens individuels (évaluation, exploration d’une difficulté professionnelle, etc.). Lorsqu’un silence s’installe il est utile de méta-communiquer, c’est-à-dire de faire un commentaire concernant ce silence, ce qui permettra d’en modifier la signification et de le rendre plus tolérable par la suite, surtout si notre interlocuteur manifeste une forte émotion telle que la colère ou la peur. Dès lors, on peut se permettre de laisser des silences qui permettront de laisser l’autre réfléchir, de l’inviter à creuser son propos ou de faciliter l’expression de ses sentiments. Dans d’autres cas, le silence peut être utilisé pour inciter à la remise en question. Par exemple, lorsque le comportement de la personne nourrit ses difficultés malgré elle. Sans oublier que le silence peut être utile pour faire le point sur ses propres sensations ou organiser ses idées.

Nous ne pouvons pas parler, réfléchir et agir en même temps. Le silence œuvre comme une respiration, ralentissant notre perception du temps et facilitant la prise de recul.

Tout comme les musiciens profitent du silence pour mettre en valeur une mélodie, les acteurs de l’entreprise ont tout intérêt à manier ces pauses afin de magnifier l’expression ou la compréhension d’un message et accorder une plus grande considération au travail réalisé.


Bibliographie
De Vet, A. J. (2007). The effects of thinking in silence on creativity and innovation. CentER, Tilburg University.
Edmondson, A. C., & Besieux, T. (2021). Reflections: Voice and silence in workplace conversations. Journal of Change Management, 21(3), 269-286.
Perlow, L. A., Hadley, C. N., & Eun, E. (2017). Stop the meeting madness. Harvard Business Review, 95(4), 62-69.
Paul Watzlawick, Janet H. Beavin et Donald D. Jackson, Une logique de la communication, Norton 1967, trad. Editions du Seuil, 1972.

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Emma Pitzalis

Psychologue clinicienne - Consultante

Née en 1992 à Enghien-les-Bains, Emma Pitzalis est psychologue clinicienne (Paris X), diplômée en thérapies brèves et stratégiques de l'Institut Gregory Bateson. Emma a débuté sa carrière au sein de...