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Pénibilité au travail : agir sur le terrain

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Faire la distinction entre pénibilité et usure professionnelle

Le mot usure vient du latin « usare » voulant dire : « se servir de ». L’usure fait donc directement référence à la notion d’usage.

Si l’on reprend la définition de l’ANACT (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail), l’usure est un « processus d’altération de la santé lié au travail qui dépend du cumul et/ou de combinaisons d’expositions de la personne à des contraintes du travail qui peuvent être de nature diverse : des situations d’hypersollicitation physique, cognitive et/ou psychique, des situations répétées d’activités empêchées, des activités entravées, des situations d’hyposollicitation, des expositions à des nuisances physicochimiques, à mettre en lien avec un processus de construction de la santé par des régulations, des marges de manœuvre (collectif, expérience, etc.) et des facteurs de construction (sens, utilité, métier, etc.).

La définition de la pénibilité (retenue par le rapport Poisson à l’assemblée nationale en 2008) est en lien direct avec cette usure professionnelle. En effet, pour le législateur, la pénibilité est le résultat de sollicitations physiques ou psychiques qui, soit en raison de leur nature, soit en raison de la demande sociale, sont excessives en regard de la physiologie humaine et laissent, à ce titre, des traces durables, identifiables et irréversibles sur la santé et l’espérance de vie d’un travailleur.

Les enjeux

La problématique de l’usure professionnelle, que l’on pourrait donc résumer comme un vieillissement prématuré ou un processus d’altération de la santé lié au travail, est accentuée par les effets cumulés :

  • du vieillissement de la population active ;
  • d’évolutions significatives du travail : la complexification des tâches et dans le même temps, l’hyperrationnalisation des méthodes et des process, ont eu pour effet un affaiblissement des collectifs de travail ainsi qu’une précarisation des emplois et des parcours professionnels.

Ces deux phénomènes, contrairement à la pénibilité, sont généralisés à tous les secteurs d’activité.

De plus, ces nouvelles contraintes vont au-delà du risque professionnel. Elles font peser au quotidien sur les salariés le risque d’exclusion professionnelle par leurs conséquences sur leur santé. En l’absence de mesures de prévention adaptées et efficaces, le phénomène d’usure se développera et entraînera l’apparition d’accidents de travail et de maladies professionnelles.

Le fil conducteur

La pénibilité du travail, tant dans sa dimension physique que dans sa dimension mentale (risques psychosociaux), a un impact sur la dégradation de l’état de santé et sur le vieillissement prématuré des travailleurs.

Les relations entre usure et pénibilité s’expriment par les contraintes de travail, mais aussi par le ressenti que les travailleurs ont de leur travail et qui va différer selon les individus.

Les signaux d’alerte auxquels vous devez être vigilant pourront être marqués par :

  • une évolution importante de l’absentéisme, des accidents du travail ou maladies professionnelles, du nombre d’inaptitudes ou de restrictions d’aptitude ;
  • un turnover élevé ;
  • une population salariée vieillissante.

Vous devez dans un premier temps :

  • définir la problématique et le cadre de travail : réduction des accidents du travail, maladies professionnelles ou restrictions d’aptitude, réduction de l’absentéisme, maintien dans l’emploi des seniors ;
  • identifier les conditions d’exposition des salariés aux contraintes physiques, organisationnelles ou psychologiques au travail. Lors de cette étape, les indicateurs suivants pourront être pris en compte (liste non exhaustive) :
    • âge, ancienneté, genre, formation,
    • service, poste, organisation du temps de travail,
    • turnover (motif, âge et ancienneté au moment du départ), absentéisme, conflits,
    • licenciements pour inaptitude,
    • accidentologie, maladie professionnelle,
    • productivité, qualité, délais, incidents ;
  • procéder à une analyse du travail réel (c’est-à-dire tel qu’il est effectivement réalisé au poste de travail et non tel qu’il a été défini dans la fiche de poste) en intégrant les caractéristiques spécifiques du travailleur - notamment l’âge et l’ancienneté - et en tenant compte des contraintes :
    • physiques : manutentions, postures, gestes répétitifs, déplacements,
    • cognitives : concentration soutenue, grand nombre d’informations à traiter, signalisation, contrôle permanent,
    • temporelles et organisationnelles : tâches courtes et répétitives, situations d’urgence répétées, travail sous cadence, délais serrés, interruptions fréquentes,
    • environnementales : bruit, températures élevées ou basses, manipulations de produits toxiques ;
  • vous intéresser à la performance de l’entreprise : satisfaction ou au contraire réclamation des clients, retard dans la production, baisse de qualité du service, non-conformité, rebuts ;
  • mettre en place des mesures de prévention faisant évoluer les conditions de travail dans le but d’éliminer tous les facteurs d’usure. Il peut s’agir de mesures individuelles immédiates. Ces actions sont plutôt curatives, à l’inverse des mesures collectives ou organisationnelles qui sont de nature préventive : conception du poste, aménagement des horaires, possibilité d’entraide, etc. ;
  • construire des parcours professionnels valorisants (recrutement, management, formation, valorisation des compétences) ;
  • suivre dans le temps les indicateurs d’alerte que vous aurez définis.

Les points de vigilance

La législation relative à la pénibilité repose sur des critères objectifs. L’usure professionnelle est plus subjective et peut concerner tous les âges. Comme pour les risques psychosociaux dans leur globalité, les manifestations physiques et psychiques peuvent être multiples et fausser l’identification du phénomène d’usure : cancers, TMS, troubles de la mémoire, dépression, etc.

Il est difficile pour les employeurs, dans le silence de la loi en ce qui concerne l’usure professionnelle, de fixer des seuils a priori. L’efficacité des mesures de prévention peut, par ailleurs, être compromise par les combinaisons entre les différents facteurs d’exposition (qu’ils soient de nature professionnelle ou personnelle).

Les données essentielles à retenir

Les phénomènes d’usure professionnelle peuvent se trouver accentués avec le vieillissement, lequel va générer des modifications physiologiques et psychiques de l’organisme, propres à chaque individu.

Favorisez l’expression des salariés afin d’avoir un retour non seulement sur les difficultés rencontrées mais aussi sur la perception des modifications apportées à l’organisation du travail, à l’introduction de nouvelles technologies, à un aménagement de poste, etc. Les contraintes de travail sont ressenties différemment selon les individus, mais également en fonction de l’avancée dans le processus d’altération de la santé.

Conjointement aux mesures de prévention de la pénibilité, afin de lutter contre la démotivation et un turnover élevé, recherchez la plus grande compatibilité possible entre le poste de travail et l’évolution des capacités physiques, cognitives et psychiques de chaque salarié, au travers d’actions :

  • d’aménagement des postes et temps de travail ;
  • de formation ;
  • de gestion des mobilités fonctionnelles et professionnelles.

Les mesures mises en place doivent permettre d’anticiper l’usure professionnelle et de maintenir durablement, et dans les meilleures conditions de travail et de vie, le salarié à son poste.

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